« — C’est impossible, — gémit Barju.
« — C’est la fortune. Montre-moi ta carte !
« Barju, complètement ivre, me tendit le papier sans résistance. Je le mis dans ma poche.
« — Merci ! Allons prendre l’air.
« Dans la rue, Barju vacillait à mon bras.
« — J’ai confiance en vous, — répétait-il avec la douce obstination des ivrognes… — Confiance. Mais ça me fait de la peine de quitter le patelin. J’étais considéré, monsieur. On m’appelle le « Docteur », le Docteur, oui, monsieur, et même qu’on m’amène des malades ! A cause de ma barbe et de mes lunettes.
« — Tu y reviendras, Barju. Ne pleure pas. Demain, on causera sérieusement. Je te donne jusqu’à demain soir six heures pour cuver ton alcool et faire tes préparatifs.
« Et voilà ! — conclut Carvès. — J’ai étudié cette carte informe. Elle est grossière, mais point inexacte. Elle confirme des indications que l’A.A. M. T.nbsp ;M.A. M. T.nbsp ;T. m’avait fournies avant le départ. C’est bien dans cette direction que je devais travailler. En somme, qu’est-ce que je risque ? Je fais mon métier de prospecteur, tout simplement.
— Mais tu vas partir, seul, avec ce Barju, seul dans la jungle ?
— Pourquoi pas, mon vieux. Barju est un vrai mouton, j’en jurerais. Quatre porteurs, ma Winchester, des conserves, de la quinine, et au revoir ! Dans six semaines ou sept, je suis de retour — avant l’autre !