Et, emporté par son rêve :
— L’Agence est avertie. Je vais recevoir des fonds et les pouvoirs que l’A.A. M. T.nbsp ;M.A. M. T.nbsp ;T. aura obtenus. Je ne m’en tiendrai pas là… Ce premier placer est peu de chose… J’étendrai ma prospection plus loin, vers les montagnes aux hauts plateaux. Et alors j’abandonne le placer à la Compagnie ! Un os à ronger ! Mais pour moi — pour nous — je vois plus grand…
Moi, je revoyais sur la litière, la face terreuse du mort avec sa plaie au front et ses yeux que personne n’avait fermés.
Le raid de Carvès et le mauvais tour joué aux convoitises des Sampietri firent sensation à Puerto-Leon. Le général Diaz riait à gorge déployée, paraît-il, quand on lui racontait la déception de Miguel.
— Bien joué, hombre ! — disait-il en frappant sur la table couverte de bouteilles qui constituait son bureau.
Et le chœur des officiers, des « Andinos » bronzés, des hommes des grands pâturages, répétait « Bien joué ! » dans un froissement de sabres et un tintement de verres.
Le président était si réjoui qu’il songea à offrir à Carvès une importante situation dans son gouvernement. Mais Carvès allégua pour ne point se rendre à l’audience un fort accès de fièvre, connaissant le principe machiavélique qui consiste à mettre un homme dans une place où il peut se gorger à son aise pour le faire dégorger ensuite par des moyens expéditifs ; principe qui, scrupuleusement appliqué dans pas mal de ces jeunes républiques, emplit les caisses de l’Etat, mieux que les taxes et contributions rarement payées par les citoyens. Or Diaz, comme Louis XIV, pouvait dire « l’Etat c’est moi », et taper sur son gousset.
Don Juan vint lui-même féliciter Carvès.
— Cela est digne d’un Espagnol de la Grande Epoque, — dit-il.