A pas lents, Carvès s’avançait vers nous. Il avait enlevé son casque que Pablo portait à la main. Le feu du soir embrasa son visage, accusa le relief du nez courbe, des joues creuses. Il cheminait un peu voûté comme à l’ordinaire. Il regardait les travaux accomplis, les feux qui s’allumaient et le repos des hommes. Il y avait de l’ennui dans ses yeux.
Le Basque vint au-devant de lui, un nègre au bout de chaque bras.
— Encore deux carotteurs, — dit-il.
— La retenue sur leur part, et ne ménage pas les coups de trique, — articula sèchement Carvès, excédé, — n’oublie pas leurs noms.
— Je les connais tous ; je les ai à l’œil, — dit le Basque.
Carvès se détourna sans répondre et s’approcha de nous. Letchy se réfugia dans sa case, pour renouer sa coiffure.
Tandis que les derniers brasiers fumaient dans l’ombre violette du ravin, nous demeurâmes, nos trois cigarettes piquées — trois rubis — dans les ténèbres.
— Combien de temps, — demanda Carvès, d’une voix lente, — combien de temps va durer ce placer ? Il y a déjà moins de pépites. Le rendement de poudre est mince. C’est un placer de pauvre !
— Mais, — protestai-je, — il faut attendre, on ne peut l’abandonner ainsi ?
— Pourquoi pas ! Il vaudra toujours à l’A.A. M. T.nbsp ;M.A. M. T.nbsp ;T. le remboursement de son fonds. A moi, il me faut autre chose. Mon métier n’est pas d’exploiter, mais de découvrir.