C'est ainsi (je pense) que le prince de B....... eût dû traduire ce petit moment de bouderie royale, mais ce n'est point ce qu'il fit. L'injustice dont il croyait avoir à se plaindre lui faisait trouver dans l'attachement même qu'il avait toujours professé pour la famille de nos rois un aliment à son irritation, et cette irritation détermina sans doute tout le reste de sa conduite, lorsqu'il revit l'empereur dans les cent jours.
Ce que je viens de raconter du prince de B....... me rappelle une anecdote relative à madame de B***, dont on ne s'étonnera pas, parce qu'il n'y a rien de bien qu'on ne puisse attendre d'elle.
M. d'Aubusson, désolé de se trouver chambellan malgré lui, ressemblait tout-à-fait à madame de La Rochefoucault, qui aurait voulu rendre toute l'ancienne cour tributaire de la nouvelle; il se chargea donc avec plaisir d'une lettre de M. D. B. qui demandait la clef de chambellan. Il s'était bien gardé de faire part à sa femme de cette démarche. Lorsqu'elle apprit cette nomination, elle fut au désespoir, ne se doutant pas que son mari l'eût sollicitée. Elle exigeait qu'il refusât. On peut juger dans quelle perplexité il se trouvait: refuser ce qu'il avait demandé avec instance était impossible. M. d'Aubusson, qui avait été employé par lui, était fort embarrassé, et se trouvait compromis par cette versatilité. Madame de B*** mit fin à cette position en écrivant elle-même une lettre aussi noble que touchante à l'empereur. Elle osa rappeler ses devoirs envers la duchesse d'Angoulême; sa mère et elle-même avaient partagé sa captivité; elle avait été la compagne de son enfance: pouvait-elle paraître à la cour de celui qui occupait le trône de sa famille?
En écrivant cette lettre, madame de B*** ne se doutait pas que son mari eût demandé cette faveur qu'elle repoussait; elle croyait n'avoir à réparer pour lui qu'un malheur, et non une faute. À cette époque, beaucoup de demandes avaient été adressées, mais presque personne ne voulait en convenir.
Madame de Balby était une de celles dont les sarcasmes et les moqueries étaient le plus redoutables, parce que son esprit satirique les rendait plus piquantes.
On a retenu d'elle beaucoup de mots qui restent dans le souvenir; j'en citerai un assez mordant.
Pendant l'émigration, le duc de Laval s'ennuyait à Altona, et disait un soir qu'il voulait rentrer en France.—Comment! lui dit madame de Balby, vous, monsieur le duc, vous voulez aller à Paris! et qu'y ferez-vous? quel monde verrez-vous? Vous savez qu'il n'est plus permis d'y porter ses titres: comment vous ferez-vous annoncer dans un salon?—Mais, dit le vieux duc en relevant fièrement la tête au souvenir de ses nobles ancêtres, je me ferai annoncer Anne de Montmorenci; ce titre en vaut bien d'autres.
—Ah! monsieur le duc, lui dit en souriant madame de Balby, vous voulez dire zèbre de Montmorenci. Ce mot ne vaut quelque chose que pour les personnes qui connaissaient le vieux duc.
Lorsque l'empereur forma la maison de l'impératrice, on avait nommé douze dames du palais, une dame d'honneur et une dame d'atours qui était madame de Lavalette, nièce de Joséphine. Elle s'était persuadé qu'elle devait avoir la direction entière de la toilette de l'impératrice, et décider celles que devaient porter les dames du palais dans les différentes cérémonies: en effet, les attributs de sa place pouvaient lui donner cette prétention; mais Joséphine, pour qui la toilette était une véritable occupation, et qui trouvait d'ailleurs que sa nièce manquait de goût, lui signifia qu'elle n'aurait que le nom de dame d'atours, mais qu'elle entendait choisir elle-même ses étoffes, et ne céder ce soin à personne.
C'était peut-être un tort dans la position élevée qui était devenue la sienne; elle eût dû laisser prendre ce soin aux personnes de son service. Joséphine se mettait fort bien, sa taille était charmante; elle avait de la grâce dans ses moindres actions: mais sa figure, quand je l'ai connue, était loin d'être bien. Je crois que sa peau a toujours été un peu brune, mais elle l'était devenue davantage par l'usage du blanc dont elle la couvrait.