Elle me parla des horribles calomnies imprimées dans les journaux anglais au sujet de sa fille, et répétées par le public parisien. Dans ce moment, disposée à l'attendrissement auquel elle venait de se livrer, elle alla chercher dans une cassette quelques lettres; elle en prit une qui lui avait été écrite en dernier lieu par l'empereur, du camp de Boulogue à Aix-la-Chapelle.

Il se plaignait de n'avoir reçu aucune nouvelle de sa fille, il lui disait que ses enfans lui étaient aussi chers que s'ils tenaient de lui la vie, et paraissait blessé de ce silence.

Joséphine avait écrit à Hortense pour l'engager à être moins négligente envers Napoléon; elle me montra sa réponse.

Hortense lui disait qu'il était impossible que l'empereur pût douter de son attachement, qu'il faudrait qu'elle fût un monstre d'ingratitude pour ne pas lui rendre en reconnaissance et en affection, tout ce qu'il avait fait pour elle et son frère; mais qu'elle ne pouvait pas se défendre d'un peu de timidité avec lui, que c'était cette timidité qui gênait souvent l'expression de son affection, et qui était la cause de son silence.

Ces calomnies affectaient vivement Joséphine, chaque fois qu'elles étaient répétées.

Je la quittai sans lui parler de ma démission, et sans prendre congé d'elle, comme j'en avais eu l'intention. Les bontés dont elle m'avait comblée, l'attachement dont j'avais reçu tant de preuves, m'imposaient le devoir de ne pas choisir le moment où je la voyais tristement affectée, pour l'occuper de moi. Mais en partant de Saint-Cloud, je pris la résolution formelle de n'y plus retourner, de prendre congé de Joséphine en lui écrivant, et de quitter Paris sous très-peu de jours.


CHAPITRE XIV.

Préparatifs de départ.—Devoirs pénibles.—Suppositions ridicules.—Calomnies.—Souvenir redouté.—Faiblesse de caractère de Joséphine.—Contes absurdes.—Pensée accablante.—Désespoir.—Imprudence.—Horreur du monde.—Confiance trompée.—Les domestiques de madame de V*** la suivent dans sa retraite.—Goût de madame de V*** pour l'agriculture.—Les laquais valets de ferme.—Souvenirs de Paris effacés.—Tranquillité parfaite.—Un seul chagrin.—Bonté et empressement de Joséphine.—Place accordée à M. de V***, sur la recommandation de l'impératrice.—Rancune de l'amour-propre offensé.—Le créancier par vengeance.—Mémoire de M. Lacroix-Frainville.—Beaucoup de mots et peu de choses.—Réponse de l'auteur à ce mémoire.—Danger de l'éloquence.—Mot du cardinal Duperron à ce sujet.—L'éloquence pernicieuse à la tribune et au barreau.—Translation à Montmartre des restes du général D...., père de l'auteur.—Nouvel abus de confiance.—Retour de l'auteur dans sa terre.—Infidélité et ingratitude de ses domestiques.—L'auteur renonce à l'agriculture.