Je m'occupai sans différer de toutes les mesures qui pouvaient hâter mon départ; mais il en était une pour laquelle je manquais de force, c'était la translation du corps de mon père. Décidée à vendre ma maison, je ne voulais pas y laisser ce dépôt précieux; je voulais qu'il fût transporté dans un cimetière, où je pourrais trouver un jour ma place près de lui. Cette translation m'était si pénible, que je l'ajournai jusqu'à l'époque encore incertaine où cette maison serait vendue.
La parfaite bonté de mon mari, qui ne me faisait pas un reproche, la satisfaction intérieure qui suit toujours un grand sacrifice fait à la raison, et mon caractère qui mêle toujours un peu d'exaltation à toutes mes actions, soutenaient mon courage dans tous les préparatifs de ce départ. En classant tous mes bijoux que je destinais à être vendus ainsi que ma maison, pour payer tous mes engagemens, j'éprouvais plus de plaisir que je n'en avais jamais trouvé à m'en parer, et leur vue ne fit pas naître un seul regret.
Mais cette force, ce courage s'évanouirent bientôt, quand j'appris toutes les suppositions auxquelles ma démission donnait lieu dans le monde.
Je n'en avais pas fait un mystère, le bruit s'en répandit bientôt, et dans ce moment on me fit payer bien cher toutes les bontés dont Joséphine m'avait comblée.
Si j'avais été l'objet de quelque préférence, si ces préférences avaient fait naître quelques sentimens de jalousie, avec quel plaisir on s'en dédommageait alors! il semblait que, même en mon absence, on redoutât le souvenir que je laissais dans le cœur de l'impératrice; on cherchait aie détruire; on connaissait la faiblesse de son caractère, qui ne lui permettait pas toujours de défendre ses amis absens.
Hélas! c'était sa bonté pour moi, qui avait donné naissance à tous les contes absurdes qui se débitaient; si elle eût accepté ma démission le jour où je la donnai, l'effet en eût été tout différent. Mais le temps qui s'était écoulé depuis, les instances qu'elle avait faites pour m'attirer souvent à Saint-Cloud, donnèrent carrière à mille propos plus ridicules les uns que les autres. Si on avait pour but de m'affliger, on y réussit bien complétement.
Je manquai tout-à-fait de courage pour supporter la pensée d'avoir excité tant de malveillances. Jusque là je croyais n'avoir pas un ennemi; il me fut affreux de m'en trouver un si grand nombre.
Mon désespoir pensa me coûter la vie....
Les soins de ma famille, de mes amis y m'arrachèrent à la mort que je désirais, et dont je me trouvai bien près.
Aussitôt que, mes forces furent rétablies, je m'occupai de nouveau de mon départ; mais j'étais si pressée de l'effectuer, que je négligeai les mesures que la prudence me commandait. L'exaltation dont mes actions sont si souvent empreintes, me faisait trouver trop de lenteur dans les apprêts de ce déplacement, malgré tout l'empressement que j'apportais pour les hâter. Ce monde, où j'avais paru entourée de quelque éclat, m'était devenu en horreur; j'étais pressée de mettre entre lui et moi une grande distance, et mon empressement ne me permit pas de prendre les précautions nécessaires pour conserver la valeur de ce que je laissais à Paris.