La visite de Leurs Majestés fut longue. Le jour, qui baissait, avertit enfin l'empereur qu'il était temps de s'en aller. Il fut reconduit par M. David jusqu'à la porte de l'atelier. Là, s'arrêtant tout court, l'empereur ôta son chapeau, et par un salut plein de grâce, témoigna l'honneur qu'il rendait à un talent si distingué. L'impératrice ajouta à la vive émotion dont M. David paraissait agité, par quelques-uns de ces mots charmans qu'elle savait si bien dire et placer si à propos.
En face du tableau du Couronnement était exposé celui des Sabines. L'empereur, qui s'était aperçu de l'envie qu'avait M. David de s'en défaire, donna l'ordre en s'en allant à M. Lebrun de voir si ce tableau ne pouvait point être placé convenablement dans le grand cabinet des Tuileries. Mais il changea bientôt d'idée, en songeant que la plupart des personnages étaient représentés in naturalibus, ce qui eût assez mal figuré dans un cabinet consacré aux grandes réceptions diplomatiques, et dans lequel s'assemblait ordinairement le conseil des ministres.
CHAPITRE II.
Mariage de mademoiselle de Tascher avec le duc d'Aremberg.—Mariage d'une nièce du roi Murat avec le prince de Hohenzollern.—Grandes fêtes et bals masqués à Paris.—L'empereur au bal de M. de Marescalchi.—Déguisement de l'empereur.—Instructions de Constant.—L'empereur toujours reconnu.—L'incognito impossible.—Plaisanteries de l'empereur.—Napoléon intrigué par une inconnue.—L'impératrice au bal de l'Opéra.—L'empereur voulant surprendre l'impératrice au bal masqué.—Napoléon en domino.—Constant camarade de l'empereur et le tutoyant.—Espiégleries d'un masque et embarras de l'empereur.—Explication entre Napoléon et Joséphine.—Quel était le masque qui avait intrigué l'empereur.—Mascarades parisiennes.—Le docteur Gall et les têtes à perruque.—Bal costumé et masqué chez la princesse Caroline.—Constant envoyé à ce bal par l'empereur.—Instructions données par l'empereur à Constant.—Mariage du prince de Neufchâtel avec une princesse de Bavière.—Présent offert à l'impératrice par un habitant de l'île de France.—La macaque bien élevée.—Habitudes civilisées.
À la fin du mois de janvier, mademoiselle de Tascher, nièce de Sa Majesté l'impératrice, épousa M. le duc d'Aremberg. L'empereur, à cette occasion, éleva mademoiselle de Tascher à la dignité de princesse, et voulut, avec l'impératrice, honorer de sa présence les noces qui eurent lieu chez sa majesté la reine de Hollande, dans son hôtel de la rue de Cérutti. Elles furent superbes et dignes, en tout point, des augustes convives. L'impératrice ne se retira point tout de suite après le dîner; elle ouvrit le bal avec le duc d'Aremberg.
Quelques jours après, le prince de Hohenzollern épousa la nièce de M. le grand-duc de Berg, mademoiselle Antoinette Murat.
Sa Majesté fit pour elle ce qu'elle avait fait pour mademoiselle de Tascher, elle assista aussi avec l'impératrice au bal que le grand-duc de Berg donna à l'occasion de ce mariage, et dont la princesse Caroline faisait les honneurs.
Cet hiver fut remarquable à Paris, par la grande quantité de fêtes et de bals qu'on y donna. L'empereur, comme je l'ai déjà dit, avait une espèce d'aversion pour les bals, et surtout pour les bals masqués, qu'il trouvait la chose du monde la plus ridicule. C'était un des chapitres sur lesquels il était presque toujours en guerre avec l'impératrice. Un jour pourtant, il céda aux instances de M. de Marescalchi, ambassadeur d'Italie, renommé pour les bals magnifiques qu'il donnait, et auxquels assistaient les personnages les plus distingués de l'état. Ces réunions brillantes avaient lieu dans une salle que l'ambassadeur avait fait construire exprès, et décorer avec une richesse et un luxe extraordinaire. Sa Majesté consentit à honorer de sa présence un bal masqué donné par monsieur l'ambassadeur, et qui devait effacer tous les autres.