Prince, M. Lépine, officier de votre état-major, m'a remis votre dépêche du 16 février. Je me suis empressé de la communiquer à l'empereur, et voici quelles sont les intentions de Sa Majesté.
Elle ordonne que vous augmentiez la division Boudet du 19e régiment de ligne et des 14e et 23e régimens de chasseurs, ce qui fera 1200 chevaux, de manière qu'avec le parc d'artillerie, cette division sera forte de près de dix mille Français. Vous prendrez avec vous les deux divisions espagnoles, qui, étant fortes de treize cents hommes, porteront votre corps d'armée à vingt-trois mille hommes. Vous laisserez le général Dupas pour commander les villes anséatiques avec le régiment belge, ses deux régimens d'infanterie et son artillerie. Il sera pris des mesures pour compléter cette division à quatre régimens, et les mettre en état d'aller à votre secours, s'il est nécessaire.
L'intention de l'empereur est que vous renvoyiez une division hollandaise en Hollande, en la dirigeant sur Utrecht, et que vous gardiez l'autre division, c'est-à-dire les quatre meilleurs régimens, le régiment de cuirassiers et l'artillerie, ce qui fera un corps de huit mille hommes qui, avec le régiment du général Dupas, restera dans les villes anséatiques, et sera en seconde ligne.
L'empereur ordonne que vous vous dirigiez vis-à-vis les îles danoises, en faisant ouvrir la marche par une avant-garde composée d'un régiment de cavalerie française, d'un régiment d'infanterie légère et de huit pièces de canon; après marchera une division espagnole qui sera suivie de la division Boudet, laquelle marchera entre les deux divisions espagnoles; l'autre division espagnole fermera la marche. Sa Majesté vous autorise à faire passer des troupes dans les îles danoises, c'est-à-dire un régiment de cavalerie et deux régimens d'infanterie espagnole; aucun des régimens français ne doit y passer que vous n'ayez reçu de nouveaux ordres; et, pour les donner, l'empereur attendra qu'il ait des nouvelles des facilités qu'offrira le passage et des dispositions des Danois; mais, dans tous les cas, aucune troupe française ne doit passer la mer qu'après une division espagnole. L'intention de Sa Majesté n'est pas que vos troupes soient disséminées dans les îles: elles doivent toutes se réunir aux environs de Copenhague. Ces vingt-trois mille hommes, joints à treize mille que peut fournir le Danemarck, formeront une armée de trente-six mille hommes. Avant que vos troupes soient passées, la division Dupas et les Hollandais arriveront: probablement ne seront-elles pas nécessaires; mais elles occuperont le Holstein, et maintiendront les communications.
L'empereur ordonne que vous lui fassiez connaître,
1º Combien il y a de marches de Hambourg à l'île de Seelande, et quel jour vous y arriverez;
2º Combien d'hommes peuvent passer pour se rendre à Copenhague, et quel jour toutes les troupes pourront être passées.
Au retour de votre courrier, on saura le résultat des opérations des Russes, qui ont dû entrer le 10 février en Finlande. Au reste, Sa Majesté pense que vous n'avez aucune diversion à craindre de la part des Anglais; ils se contenteront d'envoyer quelques régimens hanovriens qui ne demanderont pas mieux que de déserter. Donnez l'ordre à un officier du génie de visiter le Holstein, la Fionie et le bout du continent. Cet officier demandera la permission de voir les fortifications que les Danois y ont élevées, afin de reconnaître les difficultés qu'il y aurait à vaincre pour s'emparer du pays en cas d'événement. Dès que toutes ces reconnaissances auront été faites, je vous prie de me les adresser, afin que je puisse les mettre sous les yeux de l'empereur.
Paris, le 14 mars 1808.
à son altesse le prince de ponte-corvo.