Prince, l'empereur a reçu la nouvelle que les Russes sont entrés en Finlande, et que les premiers coups de fusil ont été tirés contre les Suédois. L'intention de Sa Majesté est que vous activiez votre marche autant que possible. S'il arrivait, comme on croit avoir lieu de l'espérer, que les Belts vinssent à geler, vous ne devez pas hésiter à les passer avec les divisions espagnoles, votre division française et deux danoises; ce qui pourra former trente mille hommes. Aussitôt que l'empereur saura que vous avez passé, Sa Majesté se propose de donner à la division hollandaise et à une division française l'ordre de se mettre en marche pour vous soutenir.

Recevez, prince, etc., etc.

Paris, le 23 mars 1808.

à son altesse le prince de ponte-corvo.

Prince, j'ai reçu vos lettres du 14; je les ai mises sous les yeux de l'empereur, qui m'ordonne de vous expédier un courrier extraordinaire pour vous faire connaître ses intentions.

Sa Majesté considère les troupes qui sont sur le territoire de Holstein comme si elles étaient à Hambourg, puisqu'elles peuvent s'y porter en peu de marches. Elle vous autorise à faire passer à Copenhague les deux divisions espagnoles et la division française, ce qui pourra faire une force de vingt-deux à vingt-quatre mille hommes. Ces troupes seront prêtes à partir de Copenhague avant les huit premiers jours d'avril. Les troupes hollandaises et celles françaises du général Dupas doivent rester où elles se trouvent, jusqu'à ce que Sa Majesté sache positivement le lieu où elles se sont arrêtées. Des frontières de Russie à Abo il y a un mois de route; ainsi les Russes ne peuvent y être arrivés que du 20 au 25 mars. Il est nécessaire, avant que vous entriez en Scanie, de connaître, 1º si les Russes sont arrivés à Abo; 2º le nombre de troupes que les Danois veulent employer dans l'expédition de Scanie. L'expédition doit être exécutée, mais seulement avec toute sûreté de réussir. L'intention de Sa Majesté est que vous ne passiez pas en Scanie avant d'être certain d'avoir sous vos ordres trente-six mille hommes, indépendamment des secours que peut vous offrir la Norwége. On pense que les divisions espagnoles et la division française formeront un présent sous les armes de vingt-deux mille hommes. Il faut donc que les Danois fournissent quatorze mille hommes, pour arriver à trente-six mille. Les choses étant ainsi, l'empereur vous laisse carte blanche, ayant soin en arrivant en Suède de ménager les troupes, sans faire une guerre d'invasion. Les Danois peuvent ôter toutes les troupes qu'ils ont dans le Holstein. Vous êtes maître de disposer d'une division hollandaise, et maintenir vos communications.

Le sieur Didelot a écrit que les Danois ont des moyens suffisans pour faire passer trente mille hommes en Scanie. Si cela est ainsi, l'empereur désire que vous passiez d'abord avec douze mille Danois, douze mille Espagnols et huit mille Français; les autres deux mille Danois, les mille ou deux mille Espagnols et les autres mille Français passeront avec le second convoi. Il faut aussi que le prince royal ait des troupes pour garder la Zélande. Sa Majesté ne voit pas de difficulté à ce qu'un régiment de la division Dupas, celui qui se trouve le plus près de la Fionie, avec deux régimens hollandais, passât à Copenhague aussitôt que vous serez en Suède, pour aider les Danois à garder Copenhague. Elle enverrait alors deux autres régimens hollandais et le 58e qui est à Hambourg, pour garder le Holstein et la Fionie. En résumé l'empereur approuve que vous n'ayez fait aucun mouvement rétrograde; Sa Majesté approuve même que vous laissiez où elles sont les troupes hollandaises.

Vous êtes autorisé dès à présent de passer à Copenhague. Sa Majesté ne vous autorise à passer en Scanie pour faire la guerre qu'avec deux divisions danoises formant quatorze mille hommes, ce qui complétera votre armée à trente-six mille hommes. Dans ce cas, elle vous laisse le maître de disposer d'une division hollandaise et d'un régiment de la division Dupas pour garder la Scanie et Copenhague; mais elle vous défend expressément de passer en Suède, si les Danois n'ont quatorze mille hommes à joindre à vos troupes. Sa Majesté n'a point un assez grand intérêt à l'expédition de la Suède pour la hasarder à moins de trente-six mille hommes. Elle ne veut pas non plus que, quand ses troupes seront en Suède, et séparées du continent de la mer, les Danois soient tranquilles à Copenhague; cela n'aurait pas de sûreté pour elle.

Une fois débarqué en Scanie, l'intention de l'empereur est que vous fassiez une guerre réglée; que vous fortifiiez un point comme tête de pont, en cas d'événemens; que vous vous empariez, s'il est possible, des points qui interceptent le Sund, pour empêcher les communications des Anglais avec les Suédois; enfin que vous fassiez publier des proclamations dans les pays, afin de produire le plus de mécontentement contre le roi de Suède. Sa Majesté ne vous autorise à marcher sur Stockholm qu'autant que vous seriez assuré d'y avoir un parti puissant pour vous seconder. Dans vos proclamations vous ne devez jamais appeler le roi actuel roi de Suède; l'empereur ne le reconnaît point comme tel; mais l'appeler le chef de la nation suédoise. Vous vous servirez du mot générique de gouvernement; et quand vous serez obligé de lui parler à lui-même, l'appeler toujours le chef de la nation suédoise. Il faut dire que l'empereur ne le reconnaît plus comme roi depuis que la constitution de 1772 a été culbutée. Prince, l'empereur se repose sur vous pour maintenir la dignité qui est due à son caractère et à la majesté impériale; vous ne devez signer aucun armistice, convention, ni acte quelconque que vous n'y soyez appelé prince de Ponte-Corvo, et non maréchal Bernadotte commandant en chef l'armée impériale française, et non commandant les troupes françaises. Le roi de Suède s'est mal comporté avec le maréchal Brune, qui, malheureusement pour la France, a été assez pusillanime pour se laisser maltraiter. Cela ne peut arriver et n'arrivera pas avec vous, prince.

Du moment que vous aurez donné tous vos ordres, vous vous rendrez à Copenhague pour y voir le prince royal, et lui faire connaître les intentions de l'empereur.