— Je n’en sais rien.
— Nanni, Nanni, parlez. Parlez de vous… On m’a dit votre maladie… ces sombres jours… cette sauvagerie… J’ai pensé à vous… Qui êtes-vous ?
— Sainte, qu’est-ce que vous dites ?
— Que faisiez-vous dans cette solitude ? Pourquoi cette solitude ? Vous n’étiez pas malade. Ce n’est pas possible, Je ne m’imagine pas que vous ayiez été malade. A quoi pensiez-vous ?
— Je ne vous comprends pas, Sainte. Vous savez bien que j’étais malade.
— Pourquoi ne disiez-vous rien à ce déjeuner ? Il me semble que tous ces gens ont trop parlé. Ils ont dit… ils ont dit… Vous avez entendu ce qu’ils ont dit ?
— Sainte, il ne faut pas me dire cela. Je ne me souviens plus de ce déjeuner. Je crois que je n’ai pas été brillant en effet. Comment auriez-vous de la sympathie pour un homme qui n’est pas brillant ?
— Quand on vous voit, Nanni, on est un peu effrayé. Autrefois, en causant avec vous, je croyais causer avec un autre. Et ce matin, vous avez senti comme tous vous regardaient ? On a envie de vous demander des nouvelles d’un siècle passé.
— Sainte, je vais me moquer de vous. Comme vous vous exprimez précieusement ! Je ne me souvenais pas de ces façons-là du tout. Au temps où j’allais vous chercher dans votre loge, aux Capucines, pour souper avec de plus Parisiens que moi et de moins belles que vous, est-ce qu’à cette époque-là, vous ne disiez pas aussi que le quelqu’un manquait à votre vie ? Vous disiez cela. Mais vous parliez moins étrangement. Qu’est-ce qui vous a appris ce langage ? On m’a dit qu’un grand littérateur était passé par là. C’est fini ? Il n’y a que des grands hommes dans votre vie. Vous aimez trop les grands hommes, Sainte.
— Je vous aime, Nanni.