Le silence de la salle est invraisemblable. La foudre les a frappés. Ils sont morts. Tous ces yeux, toutes ces oreilles, tous ces cœurs ne sentent plus, ne vivent plus, pour être si matériellement silencieux.
— Pretty a une diction admirable, approuve Cobral. Venez. C’est l’heure.
Nous cherchons la sortie. J’entends encore la voix nette et souple :
« Pas une arme ne doit se lever à partir de cette heure-ci. Le chef des défenseurs alliés s’est endormi en souriant et ce soir, le chef des envahisseurs… »
— Où est Nanni ? Nous sommes tellement en retard. Il saura bien nous joindre.
Nanni est dans l’auto qui nous attend.
— Mon cher, dit Cobral, pendant que nous filons confortablement, mon cher je n’ai pas connu Sarah à vingt-cinq ans, mais je prétends que cette petite Sainte est encore plus…
Nanni est content.
Seize heures.
Je n’ai pas pris garde à la route que nous suivions : ce chauffeur imbécile a descendu l’avenue du Trocadéro. Nous arriverons à l’Exigeant pour ne trouver que le concierge et le veilleur. Tant mieux ! Hé ! pourquoi me réjouir de ce retard qui se chiffrera par un minimum de minutes ? Je souhaite un accident, une folie, un miracle. Comment sortir de cet engrenage où l’on me tient ? Ne pas arriver, ne plus reculer, ne plus bouger, ne plus être, ah, ne plus être.