— Quelle nouvelle ? dis-je en me dérobant.
— Cardiette… Cardiette n’est pas là…
— Il est malade sans doute. Il sera demeuré dans son lit.
— Mais, mon bon, dit l’autre, — un maigre à monocle, — je viens de chez lui. On ne l’a pas vu depuis dix heures. Ses domestiques ne se rappellent pas où il déjeunait.
Je ne les écoute plus. Cobral est venu prendre mon bras et m’emporte vers une tribune. De quel droit entre-t-il dans cette tribune ?
Nous y sommes seuls. Les autres sont bondées. Les parlementaires sont en nombre dans leurs fauteuils d’orchestre. Il vient d’y avoir une agitation considérable qui s’apaise.
C’est le silence tout d’un coup.
Le président de la Chambre s’est levé. Il parle :
« Messieurs, l’absence de M. René Cardiette est inexplicable et angoissante. Je ne veux même pas dire, au nom de tous, le souci qui nous atteint profondément à ne pas le voir ici, même si cette séance n’eût pas dû briller de ses paroles. Laissons cette inquiétude violente au fond de nos cœurs et ne pensons qu’à l’intérêt de la patrie, qui exige des actes immédiats. Vous allez être appelés, Messieurs, à vous prononcer sur trois projets de lois qui importent à la Défense Nationale. Nous savons que vous leur ferez le sort glorieux qu’ils méritent. Mais le discours préliminaire de M. René Cardiette vous devait donner tous éclaircissements sur elles et vous en faire saisir l’urgence. Cette urgence, je veux doublement vous la prouver en vous lisant moi-même ce discours dont il m’a confié les feuillets. Vous me pardonnerez d’être si médiocre interprète de ce verbe patriotique. »
Un long cri unanime jaillit de toutes les poitrines. Peut-être quelques protestations ont-elles essayé une dissonance timide. Le formidable hourrah des parlementaires de tous les partis a raison des restrictions chétives.