Je tape du pied. Je domine bien mal mes nerfs, moi que l’on a dominé tout le jour. Nanni est fixé dans sa contrainte. Je vois le sang battre aux veines de ses tempes.
On répond enfin.
Le journal est à peine tiré. On n’a rien mis en vente. On promet de lui obéir. Le chef de l’atelier a parlé respectueusement, comme au patron.
Nous nous regardons. J’ai les yeux pleins de larmes. Nous restons, un temps qui me paraît l’éternité, face à face, vides de pensée et d’âme. Puis Nanni s’approche, met ses bras autour de mon cou et m’embrasse, puéril. Et il me quitte là, chancelant.
Je le rejoins à la même table. Nous sommes toujours seuls dans tout l’étage. Nous nous asseyons péniblement comme deux coureurs épuisés.
— Hélas, geint Nanni, j’ai un bruit stupide dans la tête. Excusez-moi : c’est la fièvre.
Pauvre garçon ! Je retrouve à peine le profil impérial dans ces traits qu’une grande indignation n’a visités que pour les rendre à l’effroi de tout à l’heure. La pensée de Sainte t’écrase, pauvre Nanni !
— Je vais téléphoner au Trocadéro, dit-il en se levant. Il faut que je sache. Il y a trop d’obscurité dans tout ce que je touche.
Il sort avant que j’aie tâché de l’apaiser.