— Je le connais, dit l’homme.

Et nous allons, à pied, les mains dans les poches, au commissariat de la rue d’Anjou. L’escorte des « civils » qui nous encadre vaut toutes les menottes et toutes les voitures cellulaires. Aussi bien je comprends que Cobral ne luttera pas. Il est calme, gracieux, honnête. C’est le bourgeois sage qui ne s’indigne pas d’une erreur, car il faut être indulgent à ceux qui se trompent. Ici, Cobral est sûr de son fait, simplement. Qui déchantera ?

Le commissaire n’est pas dans son cabinet. A sa place est assis un grand jeune homme distingué qui ressemble au roi d’Angleterre. N’allez pas vous imaginer que c’est le roi d’Angleterre. Mais ce n’est pas le commissaire, je le sais, je me souviens que le commissaire est brun. Et ce jeune homme est blond.

— Qu’est-ce que tu viens faire ici ? dit-il.

Je balbutie. Qui est ce jeune homme ?

— Tu ne me reconnais pas ? Il est vrai que je n’avais pas de barbe quand je faisais de la littérature. Tu te rappelles Kennedy ?

— Kennedy ? Voyons, Kennedy ? Mais oui. Kennedy, qui écrivait des récits d’exploration en Afrique centrale et qui refusait à son journal de faire le reportage en banlieue sous prétexte que Paris lui était indispensable ?

Je m’amuse. Je parle. Je suis content de voir ce garçon. Kennedy ? Si je me rappelle Kennedy ? Il a quitté les joies du deux-sous-la-ligne pour entrer dans la diplomatie ou dans la bureaucratie, enfin dans un lieu officiel qui exige de brillantes relations.

— Et toi ? dit-il affectueux, arrives-tu à faire de ton art un métier ou quelque chose de sérieux ?

Il rit parce qu’il a nature de joyeuseté. Mais tout est correct en lui maintenant. Je suppose qu’il occupe des fonctions sévères.