— Sainte ?
Elle n’entend pas. Les hommes vont enlever les cadavres. Ils veulent l’éloigner avec la même gaucherie qu’ils la chassaient de l’appareil. Pas violents cette fois. Une douceur si rude. A pleurer.
Elle n’entend pas. Et elle ne voit pas. Elle se couche de nouveau sur Nanni. Elle entoure la tête avec ses bras. Elle met sa joue contre sa joue. C’est son amant. Sa bouche cherche l’autre bouche, mais la masse des cheveux blonds se dénoue, se déroule et cache les deux visages. Les bouches sont unies. L’amour est là.
Personne ne dirait un mot. Où suis-je ? Est-ce que c’est une journée qui finit ? Je ne puis croire que tout cela ait commencé. Rien n’a commencé. Rien n’a été. Quelle heure est-il ? Comme il fait froid !
Les hommes sont hésitants. Il faut qu’ils emportent les cadavres. Il faut que Sainte parte. On l’appelle. Aucune parole. Un ouvrier lui touche l’épaule. Elle est insensible. Il insiste. Inutilité. Le corps de Sainte est lié à cette loque humaine. Les hommes ont peur maintenant. Ils tentent de désenlacer les amants. Les bras de Sainte sont noués. C’est extraordinaire comme les amants sont unis. Les hommes la tirent en arrière. Elle entraîne Nanni. Ils la laissent. Elle roule, avec Nanni dans ses bras.
C’est tout.
Les hommes se regardent. Que voulez-vous qu’ils disent ? Ils emporteront les héros. Ils emportent les cadavres. Les trois.
Je vous ai dit qu’elle était morte, n’est-ce pas ?
Paris, 29 novembre–10 décembre 1915.