— Sainte ! n’allez pas au bord ! Sainte ! où allez-vous ?
Elle passe. Elle n’a pas vu les morts. Elle s’arrête au-dessus d’eux pourtant. Elle descend dans le trou.
— Sainte ! Où allez-vous ?
Elle piétine la boue et la cendre. Elle s’agenouille. Non. Elle ne veut pas s’agenouiller. Elle tend les mains vers Nanni. Comme elle se penche sur son amant ! Elle se couche contre lui. Son chapeau tombe dans la fange.
— Sainte, où allez-vous !
Elle se lève. M’a-t-elle regardé ? Il est certain qu’elle ne m’a pas vu. Elle s’écarte de Nanni. Sa blouse de soie est tachée de sang. Cela fait un dessin rose. Elle est morte, elle ne sent rien, comment fait-elle des gestes encore ? Ce n’est qu’une morte.
— Venez, Sainte.
Je l’appelle. Ce spectacle de deuil et de boue, ce froid, ce n’est pas tolérable. Je vais l’emmener. Je ne la consolerai pas. Je vais l’éloigner de cette misère. Mais c’est une morte que j’emporterai.
— Je viens ! Je viens !
L’effroyable et douce voix plaintive. Les dents ne s’ouvrent pas. C’est un souffle. Comme si l’âme s’évadait peu à peu.