Au fond, rien. Du fer tordu. Des débris. Un tas incompréhensible où quelque chose fume lentement. Une fumée noire. Une fumée grasse. C’est sale. C’est lamentable.
A mes pieds, contre la paroi, deux formes. Deux formes déformées : Nanni et le compagnon qu’il emmenait. Celui-ci est méconnaissable.
De Nanni je reconnais les mains. Bras ouverts, crucifié presque, il a le geste impérial qui tenait les hampes des aigles. Ce double geste qui portait l’amas des étendards comme de lourdes ailes.
La tête.
Nanni est reposé. Le souci qui le marquait au front tout à l’heure a disparu. Mais il a bien vieilli. On croit voir un homme las qui est mort chez lui, malade, usé trop tôt, usé pourtant, par les années trop remplies. Les paupières sont closes. Pourquoi ? Le front est nu. Un large front sans ravages. Un front de renoncement. Derrière sa tête un lambeau de toile. Trois couleurs circulaires. Trois couleurs souillées. La lettre N presque effacée par la terre qui a jailli sur elle…
Déjà les hommes sont descendus dans le trou. Ils ne s’occupent pas des cadavres. Ce ne sont que des cadavres. Ce ne sera plus rien bientôt. Les hommes soulèvent des débris. L’aigle…
La tête dort.
— Je viens ! Je viens !
Sainte est derrière moi. La même voix. La même plainte toujours. Quel cri aura-t-elle devant cette horreur ? Nous sommes restés stupides. Elle ?
Elle ne dit rien. Il n’y a pas de douleur sur son visage. Il n’y a plus de vie sur son visage.