Sainte, où êtes-vous ? Courage ! vous me terrifiez. Peut-être Nanni a-t-il découvert le sabotage de Cobral. Sans doute. Sainte, m’entendez-vous ? Songez que Nanni est venu ici une heure plus tôt qu’il ne l’avait décidé. Croyez-vous qu’il n’a pas étudié son fidèle une dernière fois ? Regardez-le, Sainte. Regardez ce vol qui n’est pas un adieu, ce vol qui reviendra. Il monte. Il monte. Il est sauvé.
Nanni est au-dessus du terrain d’aviation. Je reconnais les deux gros yeux de ce nocturne que les autres suivront. N’était-ce pas la consigne ? Ils iront où Nanni les mènera. Ce rêve de destruction, ce rêve de bonheur humain qui les guide n’est-ce pas dans mon imagination ? Pourtant, j’entends encore les paroles de Nanni. Il les vit maintenant, ses paroles. Que c’est beau ! Je n’ai plus peur. C’est la victoire complète sur l’assassin. Monte, Nanni, monte, fantôme de guerrier, monte, pacificateur chargé de bombes. Soyez heureuse, Sainte, il s’en va dans la joie. Il est en route. Sa route nous le ramènera.
Et de la constellation surhumaine, l’étoile à double flamme tombe. Une chute directe. Une explosion. Pas un cri. C’est tout. Des gens courent.
Un murmure puéril près de moi :
— Je viens ! Je viens !
Sainte a son visage qui m’atterre. Elle a vu. Je sais qu’elle a vu. Je lui montrais l’appareil. Je lui disais des choses. Et puis, voilà qui est dit. Sainte, je vais aller là-bas. Restez. Vous ne devez pas voir cela. Je viendrai vous chercher.
— Je viens ! Je viens !
Et elle demeure là, indifférente.
Un grand trou.