Il ne voit rien. Il n’entend rien. Assis dans le biplan, il est comme enlizé dans le niveau des ailes blanches. Son profil est fixé comme un bronze ou un marbre. Le vent léger tire ses cheveux. Les « N » font des marques sombres sur la triple couleur des cocardes.

— Nanni ! Nanni !

Il a entendu. Il regarde. Mais il ne reconnaît personne. Il n’est plus avec nous.

— Eloignez cette femme, crie-t-il.

Il dit encore :

— Je suis prêt ! Mettez en marche.

Les aides prennent Sainte par le bras. Il faut bien qu’elle cède. Petite faiblesse, pauvre chère faiblesse ! Qu’est-ce que votre amour devant ces machines et ces incompréhensions ?

Pourtant elle se débat. Elle se libère. Elle court à l’appareil. Un homme vient de tourner l’hélice qui ronfle ardemment. L’appareil tressaille. Sainte s’accroche aux fils de fer d’une aile. L’aigle frémit, l’aigle se meut. Adieu. Sainte roule sur la terre boueuse. Et l’aigle rase le sol avec ses ailes qui appellent le vent, avec son double fanal de chef d’escadre, avec ces « N » qui mêlent au passé le présent — ou que sais-je ? — le présent au présent.

Je cours à Sainte. Meurtrie, blessée peut-être, elle s’agenouille et regarde la fuite du biplan vers qui elle tend les bras. Elle se dresse. Elle n’a plus d’âge. Elle a l’éternité sur son visage. « L’N » a quitté le sol et monte vers la constellation formidable où ses deux flammes ne font qu’une planète au milieu des satellites en ordre.

— Je viens ! Je viens !