Nous touchons aux hangars. Voici le plateau où était l’aigle ce matin.
Il y est.
Il ne reste qu’un avion. C’est celui de Nanni. Je le sais. Je le vois. Je vois les « N », les quatre « N » sur les cartouches tricolores. Nanni, ne partez pas. Ah ! je ne puis parler. Je ne puis crier. Rien.
Des hommes entourent l’appareil. Cela sent la suprême minute. Nanni ne nous voit pas. Appelez-le, Sainte. Courez, courez donc. Elle y est déjà. Moi je suis à bout de tout.
Je reste sur place. Des ronflements métalliques dans le ciel. Quelle est cette constellation mouvante ? Toutes ces étoiles sont parties de ces hangars ténébreux et de ce cirque bleui par les lampes à arc. On voit, de l’une à l’autre, l’invisible fil de soie que nos yeux s’accoutument à nouer aux astres pour les grouper. Je vous dis que c’est une constellation nouvelle.
En voici d’autres. A l’ouest, des flammes montent, montent, montent. Une à une, disjointes, rejointes, elles volent vers la cime de la nuit. Apparues brusquement comme du jet d’un jongleur capricieux, elles obéissent ensuite à la ligne solennelle de leur ascension. C’est encore une constellation qui vient de l’horizon occidental et qui marche vers celle d’ici.
Une autre à l’est. Une au sud. Et une autre. Et une autre. Un peu plus rondes et un peu plus jaunes que les vieilles étoiles, elles se confondent avec elles cependant. Mais leur marche les désigne. Et la hâte, qui les fait bondir de tous côtés vers le même point, en fait des bêtes trépidantes et laborieuses. Je ne sais quelle vermine céleste qui avale des lieues avec ses petits pas qu’on n’a pas le temps de compter. Des constellations de bêtes ! Des constellations vivantes ! Mais quelle constellation géante se forme, à cette minute ?
Les hommes ont voulu éloigner Sainte. Pourquoi ? Elle se débat.
Elle crie :
— Nanni ! Nanni !