— Je viens ! Je viens !

Nous venons ! Cette voix, qui le crie perpétuellement à mon oreille, me fait espérer le miracle. Nous venons ! c’est elle qui le dit. Et l’amour a tellement lié ces deux êtres qui se fuyaient il y a quelques heures. N’est-ce pas Nanni qui l’appelle en ce moment ? Je crois. Je veux croire. Nous venons. Il faut que Nanni soit encore là.

La pleine nuit. Paris est derrière nous. Le ciel noir avec des étoiles nettes nous souffle une bise mordante. Cette obscurité de désert nous met hors de date et hors le lieu. Je ne veux pas avoir peur. Je ne peux pas penser aux minutes imminentes. Pourtant il serait doux de ne pas arriver. C’est le bonheur peut-être. Mais si le drame est au bout, pourquoi finir cette course ? Ah, n’arriver jamais.

— Je viens ! Je viens !

L’auto s’arrête. Dans la nuit, je trouve à droite l’ombre blanche de la villa. Il y a un prisonnier, qui est en danger peut-être, là-dedans. Plus tard ! Allons aux hangars. Vite. Sainte, Sainte, venez.

Je prends son bras. Je lui fais traverser la chaussée. Des barrières nous empêchent de passer. Il y avait une porte. Suivons le trottoir. Nous découvrirons la porte de cette enceinte. Il y a sans doute des autos à cette porte. Nous allons, nous allons. A notre gauche, le terrain que la nuit fait incertain et vaste comme la steppe. Pas une lumière. Si, quelques points de clarté bougent tout là-bas.

Qu’est-ce ? Une fusée a jailli du sol. Non, cette flamme monte avec une courbe étrange. Un signal ? Sainte, c’est un avion qui part. Nous levons les yeux. D’autres flammes sont là-haut, qui planent et s’élèvent et s’éloignent. C’est le départ de l’escadrille. Combien sont-ils ? Douze. Vingt. Je ne peux pas compter. J’ai peur.

— Je viens ! Je viens !

Hélas ! il est bien tard. Et cette barrière hostile. La frapper, l’éventrer, l’escalader ? Sainte, voici une brèche. Nous tombons dans les ronces. Nous courons dans la boue. Il me semble que nous sommes englués dans un marais infect, dans un marais qui ne finit pas. Le froid me brûle le visage. J’étouffe. Mon Dieu, mon Dieu, nous n’arriverons pas.

Une ombre plus précise. Ce sont les hangars. Ha ! une flamme encore, une flamme quitte le sol. Est-ce la dernière ? Ce ne peut pas être. Courir, haleter, mourir, quel calvaire d’angoisse ! Mourir, mourir là ! Hé ! qui parle de mourir !