Je ne l’ai jamais vu. Je vous dis que ma mémoire n’est pas en faute. Je vois cet homme pour la première fois. Tout à l’heure, j’ai cru que ne connaissais pas Cobral. J’avais oublié son nom et cela me gênait pour reconnaître un visiteur surgi dans le réveil maussade de l’avant-matin.
Maintenant, je suis parfaitement lucide, mieux que lucide, les nerfs sous le fouet de la curiosité, l’esprit surexcité jusqu’à la passion, et cet homme me dit son nom. Je ne sais pas. Je ne sais pas qui est cet homme. Et je ne l’ai jamais vu devant moi.
D’où alors ce sentiment qu’il m’est proche ou que je n’ignore pas sa vie et sa valeur ? Comme je suis incertain aujourd’hui ! Nanni ? Quel est ce monsieur aux cheveux corses ?
— D’où viens-tu ? dit Cobral.
— J’en viens.
— Réellement ?
— Il fallait que je voie le château encore une fois.
— Trois nuits sans sommeil, marmonne Cobral, cela n’est pas bon du tout.
— Demain, demain soir, il y aura du sommeil.
— Et sache bien, repart Cobral, que tu n’auras pas trois minutes pour te reposer aujourd’hui.