C’est le 27 novembre que le drame a eu lieu. Le 27 novembre 1915, un samedi, une belle journée, vous souvenez-vous ? avec beaucoup de froid et un petit peu de soleil. Réellement une parfaite journée de fin d’automne.

Cinq heures.

Nuit. Je dors.

Pourquoi m’éveiller brusquement ? Je me suis couché très tard, après des heures de dur travail. Je me suis jeté dans mon lit, brisé, à bout d’élan, les nerfs en loques, sans fièvre. Presque mort. Et un besoin de sommeil, une faim énorme de dormir. Vite, j’ai dormi, comme un tout petit, sans rêve, certainement sans rêve, et je suis bête de m’éveiller comme sur un cri de cauchemar. Adieu, je dors. Quelle heure est-il ?

On sonne.

Hallucination ?

La sonnerie insiste. C’est ce qui m’a tiré de mon somme sépulcral. Je savais bien que je dormais un sommeil parfait. Il n’y avait qu’un bruit violent pour… Mais je ne répondrai pas. Sonne, mon ami, sonne, je suis mort jusqu’à très tard et rien ne m’arrachera de cet anéantissement. D’ailleurs, ce n’est rien de sérieux. Quelqu’un se trompe. Pas autre chose. On ne remet pas les télégrammes avant sept heures, et mes amis se sont laissés persuader que je me ruais vers des horizons méditerranéens pour travailler. Qu’ils me pardonnent cette machination où je suis obligé pour écrire sans agitation et sans désordre. Rien d’intéressant ne vaut que je sorte de mon lit. Rien. Bonsoir, l’erreur.

Au moins, ne sonne plus, stupide. Il voit bien que je suis résolu de me taire. Ne va-t-il pas comprendre qu’il me gêne, ce carillonneur du tonnerre de diable ? Et ma foi, il n’y gagnera rien. La seule concession dont je sois capable, c’est de me rendre sourd avec les couvertures. Sonne, sonne maintenant, tu ne me gênes plus.

Je l’entends encore. J’entends la vibration grêle du timbre sur les cloisons et aussi le tressaillement ricaneur des meubles. Mon lit est secoué d’une façon imperceptible par ces ondes aiguës de la sonnerie électrique. Finissons-en.

Qui est là ?