Une femme de chambre. Cobral la bouscule. Il entre. Nous le suivons. Il disparaît. Nous demeurons dans l’antichambre, la camériste nous regarde, stupide. Des portes claquent. Je n’aime pas ces façons d’entrer chez les femmes.
Une voix. C’est Pretty.
Elle est furieuse. Je suis content. Elle vient. Je suis exaspéré des manières de Cobral. Je retrouve d’un coup ma colère du réveil. Je me fâcherai !… Nanni est muet. Il va pousser la porte du palier que la femme de chambre, effarée, a oublié de refermer.
Pretty est furieuse. Pretty est grandement furieuse. Elle crie. Je ne distingue pas les mots qu’elle dit. Je reconnais sa voix de théâtre. Sa voix des jours où elle dit des choses lyriques.
Cobral revient. Il sourit. Je ne me fâcherai pas. Je ne le giflerai pas. Je ne l’étranglerai pas. Il sourit comme un bonhomme qui aurait pris un goujon — vivant — après douze heures de faction à la ligne.
— Entrons là, dit-il.
Et il se jette dans un boudoir où il nous offre des sièges. Audace. Ah, brute !
Presque aussitôt, Pretty.
Elle mérite qu’on l’appelle Sainte, ce matin, car elle est un petit charme parfait. Pas coiffée, pas maquillée, les yeux gros, elle sort du sommeil et du lit, et dans son peignoir rose on dirait une gosse d’album anglais qui va voir à la cheminée ce que saint Nicolas a semé dans ses socques. Bonjour, Sainte.
Pretty ne me tend pas la main. Elle ne voit pas Nanni. Elle ne vient que pour Cobral.