— Sang de moi, s’exclame-t-il, je sentais bien que vous dormiez les yeux ouverts. Hop, mettez-vous sous la douche. Nous perdrons trois minutes encore, mais votre lucidité m’est trop précieuse.

Il ouvre la porte du cabinet de toilette.

— Monsieur est servi !

Et il tourne des robinets avec autant de décision que s’il avait toujours eu l’hospitalité de mon petit appartement.

Il rit avec plénitude.

— Comme il faut que tout cela importe, affirme cet hôte délibéré, pour que Cobral vous serve de valet de chambre !

Cobral ? Qui, Cobral ? Une minute, et je trouverai. Eh oui, je connais ce nom de Cobral, mais voilà une chose inouïe qu’un valet de chambre m’ose parler avec cette rude autorité. Qui prouve qu’il soit valet de chambre ? C’est lui qui le dit. Non, il ne le dit pas, j’ai mal entendu, et je sais exactement que le Cobral en question — mais où l’ai-je connu ? — n’était pas valet de chambre.

Au moins, c’est un audacieux, car me voilà sous la douche, comme un saint Jean naïf sous le baptême, sans que j’aie fait à ces excentricités la plus mince tentative de révolte. L’eau froide m’éclaire un peu l’esprit. Cobral parle toujours. Plutôt, il agit, et ne parle que de loin en loin pour rendre son commandement plus efficace. Il est irrésistible.

Voilà qu’il m’aide à ma toilette et qu’après la pluie de l’appareil, il me bouchonne aussi dextrement qu’un masseur professionnel. Il frotte seulement un peu dru et le sang me perle çà et là.

Je risque, à travers le halètement agréable du patient, une enquête modeste.