— L’auto est en bas, mon cher. Je vous accorde un total de dix minutes. Allez, allez, chauffez.

Est-ce que je deviens idiot ? C’est pourtant réel qu’un monsieur entre chez moi tempêtueusement à une heure impardonnable et m’intime l’ordre de m’équiper pour le suivre. Et je ne trouve rien à dire.

— Vous ne vous pressez pas ? vous êtes malade ? Cela vous passera en route pendant que je vous conterai le détail de l’affaire. Ce sera la plus belle aventure de votre vie.

Il me regarde en face, de très près. J’ai l’impression que ses yeux entrent dans les miens, lentement, fortement, méthodiquement, comme deux lames froides. Il a des yeux gris, très gris et très pâles, dans un visage épais d’honnête bourgeois. Il est glabre, et banal avec excès.

Ce gros géant a une inexpression qui donne le frisson. Qui est-ce ? Je ne l’ai jamais vu ; car je me souviendrais de ces yeux intimidants, si je les avais vus.

— Pourquoi restez-vous à me regarder ?

Il sourit. Il est beaucoup plus effrayant quand il sourit. On est forcé de voir ses yeux quand il sourit, et ses yeux sont des abîmes.

Je murmure :

— Qui êtes-vous ?

Il pouffe comme un honnête compère qui se réjouirait d’une histoire grasse après le dîner.