— Je suis un enfant ! J’oubliais l’essentiel. Mme de Hocques m’a chargé de vous prier à déjeuner pour ce matin.
— A déjeuner ? Chez elle ?
— Chez elle, Sainte… Et vous aurez en face de vous votre ami Cobral… et monsieur l’aviateur que voici… et monsieur l’écriveur que voilà…
— A déjeuner ? répète Sainte, interdite.
— Ce sera intime et important… Il y aura un grand général… Ah ! vous ne vous doutez pas quel général elle a invité… un général connu… oui, Sainte… un général connu… historique.
— C’est sérieux ? Elle me fait inviter ?
— Petite dame, vous êtes incrédule et c’est charmant. Mais les minutes ont une valeur considérable. Vous allez donc sauter de ce lit soëf et amollissant. Vous revêtirez le tailleur le plus chic et le plus sobre que vous possédiez et dans notre compagnie, vous irez à l’hôpital d’Antin où Mme de Hocques, bienfaitrice et infirmière, sera heureuse de vous voir.
— Mais, discute Sainte, doutant, cette dame ne me connaît pas. Pourquoi veut-elle que je vienne ?
— Elle me connaît, dit Cobral. Cela suffit. Vous déjeunerez donc chez elle et, pour ne pas la contrarier, si elle vous parle du Trocadéro, vous lui direz que vous y déclamez un poème de Cobral. Jean-Pierre Cobral, français.
— Et il faut que je me lève et que je vous suive et que…