— Il paraît, insinue Cobral, qui s’est approché de la fenêtre et tambourine des improvisations, il paraît qu’elle nous fera déjeuner avec un homme politique, ce jeune ministre vous savez… cet orateur ?… vous devez connaître son nom… Cardiette… René Cardiette… il parle cet après-midi à la Chambre… il interpelle sur une loi nouvelle… pour lever une classe de plus… vous ne l’avez jamais vu ?
Je n’entends plus que la vitre en batterie sous les doigts de Cobral. Sans lever les yeux, j’ai senti Sainte s’immobiliser et retenir son souffle. Elle est pétrifiée. A côté de moi Nanni a reçu un choc terrible, car il a durement ahané : c’est fini, il soupire légèrement comme s’il dormait d’un sommeil fluide et heureux.
Sainte reste figée sous ses couvertures.
Les autos font un bruit de houle sous les fenêtres. Le soleil touche le lit et grimpe jusqu’à la bosse que font les pieds de Sainte sous la soie.
Elle baille, la petite masque, et s’étirant un peu, murmure :
— Il est dit que je ne pourrai jamais être reine fainéante… Je vais m’habiller… Mais il faut vous éloigner…
Et elle fait une moue admirablement composée.
— Allez tous dans le salon, ordonne-t-elle.
— C’est trop loin, dit Cobral. Vous auriez le temps de vous rendormir. Je ne vous le permets pas.