Comme nous sortons, un soldat de la dernière table, déplore, montrant Cobral à son voisin :

— Encore un qui est dégoûté d’attendre son tour ! Est-ce que tu ne crois pas que c’était un chanteur ?

Nous retraversons la salle vide.

A la porte, un grand homme maigre se hâte vers le réfectoire. Il tient son chapeau à la main. Front haut, tête d’intelligence hautaine, moustache discrète de diplomate et des yeux généreux. Voilà des yeux qui donnent. Enfin, des yeux francs, des yeux riches.

Il va si vite qu’il heurte Nanni au passage. Bousculade insignifiante qui les immobilise une seconde. Ils se regardent, s’excusent, se saluent de la main, étrangers.

Nanni nous rejoint. Il a des yeux qui donnent, lui aussi. Moins beaux, ou moins riches, ou peut-être ont-ils tout donné.

— Cette figure m’est connue, murmure-t-il.

— René Cardiette, dit Cobral.

— Hein ?

Nanni s’arrête et va courir en arrière. Pourquoi ? Pour voir quoi ?