— Depuis deux heures elle est très populaire… Vous entendrez parler d’elle… Et, d’abord, vous l’entendrez parler.
— Ah ! déplore Moquin, je préférerais Cardiette.
— Vous n’en serez pas si loin, dit Nanni sans amertume.
— Que voulez-vous dire ?
Moquin est presque réconcilié avec ces êtres invraisemblables, par l’appât d’une histoire à raconter.
— Cardiette vous aurait déçu… console Cobral.
— Je sais que non… On m’a dit ce que sera son discours… avec trente-cinq minutes d’éloquence, il va remuer la Chambre et donner un cœur à ceux qui n’en ont plus ou qui n’en ont jamais eu… Une loi financière, une loi militaire, une loi judiciaire dépendent de son succès… Et de ces trois lois, dont il va assurer le vote unanime, dépend la sérénité des mois qui mèneront à la victoire… Cardiette va dire aujourd’hui l’hymne de la victoire.
— Non, monsieur Moquin, dit Cobral… Non, monsieur Moquin, vous vous trompez… ou l’on vous a trompé… Ce n’est pas l’hymne de la victoire… c’est l’hymne de la guerre…
— Certes, et c’est ce que je dis…
— Cela n’a pas le même sens… La victoire est noble… la guerre ne l’est pas… Je veux finir la guerre… nous allons tuer la guerre…