— Comment cela ?

— Venez entendre l’hymne de la victoire… le véritable… c’est l’hymne de la paix celui-là… venez au Trocadéro… Je vous dis que tout le vœu du peuple s’exprimera…

— Vous êtes fou, ou bien audacieux, crie Moquin, de prétendre révéler à un peuple ce qu’il pense.

— Je ne lui révélerai pas, dit Cobral. Je dirai seulement que la guerre est morte et que le bonheur éternel va naître.

Moquin se fâche.

— Ce sont des blagues que Paris n’écoute pas volontiers en ce moment.

— Parce qu’il les croit impossibles… et il s’abandonne à son destin qu’il imagine fixé dans l’attente… Je dirai que la paix est venue, et quand le pays entier saura que cela a été dit, il y aura un formidable éclat de joie.

— Après tout, dit Moquin, il est facile de dire, d’imprimer et de répandre n’importe quelles billevesées… Mais c’est un gros mensonge. Et gare à celui qui se risquera à l’affirmer…

— Celui-là sera anonyme… nous n’aurons servi qu’à susciter l’élan général de la France et du monde allié… Des millions d’êtres diront demain en s’abordant : « C’est bien vrai que la paix est sur la terre ? »

— Mais puisque ce sera faux…