Le 20 mars 1815 le surprit au milieu des champs. Rœderer, rappelé à la préfecture de l'Aube, rappela son secrétaire intime, qui, après la seconde chute de l'empire, se retira deux ans, d'abord à Troyes, ensuite à Châtillon-sur-Seine. C'est dans cette dernière ville qu'il édita les Noëls Bourguignons de La Monnoye, à très-peu d'exemplaires, uniquement pour établir le texte d'une 14e édition de ces poésies dont il s'occupait, et dont l'introduction, les notes et le glossaire furent malheureusement perdus chez l'imprimeur Jules Didot. Charles Nodier parle ainsi de ce travail qu'il avait eu entre les mains: «M. Louis Du Bois en a préparé une édition exécutée avec le soin extraordinaire que cet excellent philologue porte dans ses moindres études.» (Mélanges tirés d'une petite bibliothèque.)

Au milieu de l'année 1817, Louis Du Bois revint à Lisieux, et désira y fonder un établissement de librairie. Il voulut même y joindre une imprimerie pour le service de la cause libérale dont il était l'un des plus intrépides défenseurs. Il tenait surtout à publier une édition de Voltaire, son auteur favori, plus complète qu'aucune des précédentes et enrichie de notes et de commentaires. Il a donné plus tard le prospectus d'un Supplément aux diverses éditions des œuvres complètes de Voltaire, qui devait être en 4 ou 5 volumes, tirés in-4º, in-8º et in-12.

On se demande où notre lexovien-alençonnais avait pu trouver tant d'œuvres inédites du philosophe de Ferney, de même qu'on s'est demandé comment il pouvait avoir tant de manuscrits et de livres venus des couvents. Nous, qui n'avons pas craint de l'interroger, en 1854, sur la provenance de tant de richesses qu'il avait vendues (il n'était pas riche!) et qui furent l'occasion des bruits les plus fâcheux sur sa probité, nous l'avons entendu donner les explications les plus claires et les plus convaincantes, et répondre à chacune de nos questions de manière à ne nous laisser aucun doute sur la légitimité de la possession.

La génération contemporaine ne sait pas assez ce qu'elle doit aux rares amateurs qui ont arraché aux acquéreurs ou aux pillards de 1793 à 1800 des milliers de manuscrits qui, sans eux, seraient perdus. D'immenses dépôts ont été pendant des années à l'abandon. Des ignorants y puisaient pour leurs besoins les plus vulgaires. Le plus beau vélin, conservateur d'œuvres rares et précieuses, était vendu au poids pour habiller des grammaires et des psautiers destinés aux écoles. Louis Du Bois, au fort de la Révolution, était un jeune littérateur en qui l'amour de la science ne fut jamais étouffé par les opinions politiques. Il attacha du prix à ce que tous dédaignaient, administrateurs comme administrés; il sauva de la destruction une foule d'ouvrages, imprimés ou manuscrits, qu'il trouva presque pour rien chez les libraires de nos villes de l'Orne, de l'Eure et du Calvados.

Mais les œuvres inédites de Voltaire, comment avait-il pu se les procurer?--Nous le tenons de sa bouche: il fit, jeune, la connaissance d'un vieil acteur du Théâtre-Français, qui avait joué les pièces de Voltaire du vivant de l'auteur, dont il était idolâtre. Cet homme de goût avait recueilli une foule de pièces inédites, de lettres, de variantes du génie qu'il révérait et pour lequel Louis Du Bois partageait son enthousiasme. Le vieil acteur vendit à son jeune ami ce qu'il avait recueilli du grand homme, et des corrections et additions ont été faites, au moyen de ces manuscrits, aux éditions de Voltaire que prépara en partie Louis Du Bois, savoir celle de Mme. Perronneau en 56 vol. in-12 et celle de Delangle en 96 vol. in-8º.

Une fois établi dans sa ville natale, qu'il ne devait pas tarder à quitter pour sa petite maison de campagne de Mesnil-Durand, l'ancien secrétaire de deux préfets de l'empire devint le champion de l'opposition libérale. Ami de Dupont (de l'Eure) et de Bignon, il imagina la souscription de cent mille francs, au moyen de laquelle le premier put rester sur la liste des éligibles; il fut le promoteur de la fête donnée à ces deux députés lorsqu'ils vinrent à Lisieux, en septembre 1820, époque où Bignon s'y maria.

Une polémique avec l'avocat Lemoinne, qui avait attaqué, dans l'Observateur Neustrien, journal de Caen, une pétition rédigée par Louis Du Bois et signée par 400 à 500 électeurs lexoviens; deux brochures qui ne réussirent pas à sauver Monique Sacquet de l'échafaud, mais qui firent réformer par une loi un article trop sévère du Code criminel; quelques articles de biographie, de littérature et de politique dans des journaux de Paris, n'empêchèrent pas notre ardent libéral de revenir à ses études de prédilection sur la Normandie. De 1820 à 1830, il donne une édition d'Olivier Basselin, enrichie d'un choix d'anciennes chansons normandes inédites, l'Histoire civile, religieuse et littéraire de l'abbaye de la Trappe; les Archives de la Normandie; un Résumé philosophique de l'histoire de cette province; l'Itinéraire descriptif, historique et monumental, etc.; la traduction d'Orderic Vital en 4 vol., pour la collection des Mémoires sur l'histoire de France, publiée par M. Guizot.

L'illustre historien qui, lui aussi, abrite une partie de sa verte vieillesse dans une campagne de l'arrondissement de Lisieux, parlait ainsi de l'œuvre de son collaborateur, dans une notice préliminaire: «L'histoire d'Orderic n'avait jamais été traduite. La version que nous publions est l'ouvrage de M. Louis Du Bois, de Lisieux, savant aussi laborieux que modeste, qui s'est voué à l'étude de tout ce qui peut intéresser la Normandie, sa patrie, et déjà connu par d'utiles travaux sur les antiquités et la statistique de cette belle province. L'une des principales difficultés que présente la lecture d'Orderic Vital réside dans le grand nombre de petits faits, d'allusions et de noms géographiques qui appartiennent à la Normandie: il importait donc que la traduction fût faite sur les lieux mêmes, au milieu des souvenirs, et par un homme capable d'expliquer, dans des notes courtes, mais multipliées, les obscurités pour ainsi dire locales du texte. M. Du Bois a bien voulu se charger de ce minutieux travail, etc.»

Mais peut-être de semblables éloges paraissent-ils un peu suspects de la part d'un éditeur. Voici en quels termes un juge non moins compétent, le judicieux Daunou, s'exprime dans le Journal des savants du mois de mars 1838: «Dans la série des 29 volumes des Mémoires relatifs à l'histoire de France, publiés par M. Guizot de 1833 à 1828, les 4 volumes d'Orderic nous paraissent les plus importants, soit par l'étendue de l'ouvrage, soit surtout par les recherches et l'exactitude que le traducteur, M. Louis Du Bois, s'est prescrites: on peut même dire, à beaucoup d'égards, que c'est une publication nouvelle.

«Pour presque tous les lecteurs, cette excellente traduction peut tenir lieu du texte: elle en représente avec une fidélité scrupuleuse toutes les idées, tous les détails, quoique en les revêtant d'une diction plus pure et beaucoup plus élégante. Elle suppose toutes les corrections faites et à faire à l'édition latine de 1619; les variantes qui ont quelque intérêt sont indiquées dans les notes; les lignes et les paroles latines dont il peut importer d'avoir quelque connaissance immédiate sont à la fois transcrites et traduites, particulièrement lorsque le sens n'en est pas très-certain, ou bien encore lorsqu'il se présente des jeux de mots qui ne passent que trop imparfaitement dans notre langue. Ces remarques sont très-concises, ainsi que celles qui concernent l'histoire, la chronologie et plus souvent la géographie. Le traducteur, qui a visité la plupart des lieux dont l'auteur parle, éclaircit par des dénominations actuelles celles qui ne sont plus en usage; et, quand il ne trouve aucun moyen d'opérer ce rapprochement, il ne manque pas d'en faire l'aveu. Nous devons ajouter que les manuscrits de St.-Évroult et de Rouen l'ont mis en état de remplir des lacunes, quelquefois assez longues, qui existaient dans l'édition de 1619 et qui restaient même dans les 200 pages d'extraits, imprimés par les éditeurs du grand recueil des historiens de France. Ainsi non-seulement l'ouvrage d'Orderic Vital est pour la première fois traduit en français, mais on peut dire encore qu'il n'avait jamais été aussi exactement et complètement publié.