Les conquêtes des Francs, des Saxons [2], des Normands, et plus tard nos relations avec les Orientaux, avec les Italiens, les Espagnols et nos autres voisins, introduisirent quelques expressions qui se mêlèrent à la langue vulgaire, et contribuèrent à altérer de plus en plus le latin qui, après les modifications qu'il subit, devint le roman et plus tard le français.

[Note 2: ][ (retour) ] Les Danois vinrent plusieurs fois en Normandie au secours de nos ducs Richard Ier et Richard II, pendant les Xe et XIe siècles.

On pourrait étendre considérablement les recherches à cet égard; mais ce travail a été tant de fois et généralement si bien exécuté, qu'il est à peu près inutile de s'y livrer de nouveau, à peine de compiler sans ajouter ici rien d'important à ce qu'on a déjà dit d'incontestable. Au surplus, c'est l'ouvrage des écrivains qui s'occupent de dictionnaires étymologiques de la langue française. C'est une œuvre spéciale et nécessaire. Ici ce serait une œuvre de luxe, comme le serait, à propos des annales d'une ville ou d'une province, l'histoire des peuples primitifs de divers pays.

§ IV.

Quelques savants distingués, tels qu'Etienne Guichard, Court de Gebelin, Bullet, Bergier, sentaient tellement l'importance des patois et la nécessité de conserver nos vieilles expressions, qu'ils avaient témoigné le désir de voir composer un Glossaire Patois pour chacune de nos provinces. Ce désir judicieux a été entendu et a reçu un commencement d'exécution.

Les idiomes, avant de descendre au rang de simples patois, résistent long-temps à l'envahissement de la langue des conquérants. En effet, quoique depuis six siècles (l'an 201 avant l'ère vulgaire), les Romains eussent conquis la Numidie, saint Augustin fut obligé de se servir d'interprètes pour se faire entendre, dans son évêché d'Hippone, par les paysans qui ne parlaient encore que la langue de leurs pères. En Égypte, malgré l'occupation des Grecs, des Romains, des Arabes et des Turcs, les Coptes ont gardé, de nos jours encore, l'usage de leur ancien idiome. Grégoire de Tours assure que, même au milieu du VIe siècle, peu de personnes comprenaient le latin, et que le plus grand nombre parlait la langue rustique. Aussi, dans le VIIe et le VIIIe, les conciles prescrivirent-ils de traduire en ce langage les homélies latines que les peuples ne comprenaient pas; et c'est pourquoi, vers l'an 800, on était forcé d'expliquer dans les églises la vie des Saints.

Ainsi s'avançaient vers leur plus complète décadence le latin et les dialectes gaulois absorbés, dans un amalgame croissant, par la nouvelle langue, appelée le roman, triomphant même du franc-teusch des derniers conquérants. C'est effectivement en roman que, dans l'année 842, fut écrit et prononcé le serment de l'empereur-roi Louis-le-Germanique [3].

[Note 3: ][ (retour) ] Charles-le-Chauve prononça le sien en langue thioise ou ancien allemand (tudesque).

§ V.

Quoi qu'il en soit, il existait dans les Gaules divers dialectes du celtique, ou diverses langues, dont les ruines, les débris se trouvent dans nos patois.