Tel était ce quartier, où poussait l’espoir de la France.


IX

LA LUTTE POUR LA VIE

Ce fut au milieu de ce monde suffisant, fougueux, leste, juvénil, capricant, vain, qu’Albert vécut plusieurs années, plutôt entraîné par l’habitude du siècle, que par une réelle sympathie—le prenant, cependant, plus au sérieux qu’il ne valait.

Ballotté entre ses aptitudes aux diverses branches de la culture humaine, capable d’être médecin comme un autre, physicien à ses heures, avocat point mauvais, musicien, astronome, latiniste, il ne s’astreignit pas tout de suite au choix définitif et irréparable. Une certaine peur le prenait d’une décision, que d’autres attrapent si aisément, sur un mot, sur un désir paternel, et qui les détermine pour la vie. Il n’aurait voulu s’engager avant d’avoir tout expérimenté, goûté aux différents plats pour juger de leur succulence. Il suivit de nombreux professeurs dans de nombreuses voies, entendit quelques douzaines de ces vénérables vieillards sentencieusement parler sur les pandectes, les cosinus, les gnostiques, les urines, fréquenta des laboratoires, des amphithéâtres, des bibliothèques, des hôpitaux—et au bout de six mois ne fut guère plus avancé qu’avant.

Une seule découverte: c’est qu’il n’avait plus le sou.

Il fallait songer expressément aux moyens de vivre.

Une légère rage contrista la pensée d’Albert: il aurait, sans doute, trouvé juste que l’homme qui nourrit son âme fût dispensé de nourrir son corps.