Depuis le moment où j’embrassai de mon corps le corps nu et vital de ma concubine, et où je sentis les deux souples boas de ses jambes s’enrouler aux miennes, jusqu’à celui où, écœuré, je partis, il y eut une dégradation croissante de mon estime pour le plus choyé des sept sacrements. Si, dans ce coït exaspérant, j’ai, par malheur, fécondé un des ovules de l’organe auquel je me suis accouplé, l’enfant qu’une accoucheuse extirpera dans neuf mois ne sera ni plus ni moins que Diogène.
Je ne m’arrêterai pas que je n’aie tout dit.
Ce frottement d’une chair contre une autre, arrivé à ce degré où l’on tient l’objet du désir, naturel, matériel, sous soi, en soi, sans plus aucun reste à l’imagination, puisque la viande réelle, indéguisée s’écrase entre les bras, ce frottement est un supplice, le supplice de vouloir plus, on ne sait quoi, d’aller au-delà, quand il n’y a rien, de s’aplatir contre le but, lorsque l’élan est immense et calculé pour le dépasser infiniment. Je me heurtais à cette navrante certitude: j’ai épuisé la coupe et ma soif absorberait l’océan. Et tandis que mes membres, bandés à casser, s’épuisaient à ambitionner l’absolu, je vagissais désespérément en moi-même: «Ce n’est pas ça! ce n’est pas ça!»
Oh! l’horrible cauchemar!
Il y eut un terme aux efforts, il y eut l’instant où, les nerfs détendus par l’excès même de la folie, j’échappai au lit et—comme Rolla—allai songeur m’accouder à la fenêtre. Comme Rolla! ce souvenir me parut grotesque. Aurais-je choisi pour y mourir la couche de Marion? Pas la peine assurément. Et je souris de ce pauvre romantique qui avait voulu quitter le monde sur une si misérable impression.
Or, la petite, en un nouveau spasme, m’exigeait, des pleurs dans la voix. Il m’eût plû de l’abandonner comme un paquet inerte, mais comme ce paquet pleurait, malgré la répulsion que m’inspirait alors cet acte dégoûtant, par pitié, froidement, ainsi qu’on accomplit un nauséabond labeur, je l’éventrai de nouveau.
Quand, la peau harassée, elle fut assoupie, je m’enfuis.
Telle fut cette nuit, que je compare à un parterre de fleurs en un jardin: de loin, les roses semblent adorables; on approche, beaucoup sont fanées, souillées, il en est de rongées, peu de pétales sont exempts de poussières; on écarte les tiges, et l’on découvre que le fond d’où elles naissent n’est qu’un hideux mélange de terre et de fumier.
Ah! l’amour!
Jamais je ne la reverrai.