Albert tendit son bras insulteur vers l’astre blanc, le raillant, lui aussi, dans un dernier «zut».
Puis il saisit ses tempes à deux mains, contint le sang qui y battait, et, calmé, éclata de rire.
Car «zut» ne veut rien dire, à moins que l’on ne prenne un pistolet et que l’on ne se tue.
XVII
COMMENT ALBERT DEVINT POÈTE
Le «zut» formulé se répercuta dans sa pensée en toute une sauvagerie de grotesques inventions et d’irréparables déchéances. Pendant plusieurs jours, Albert fut entre la vie et la mort spirituelles, côtoyant la folie de très près, délirant durant la veille et ne dormant qu’à de rares heures commandées par la fatigue du cerveau, qui n’aurait suivi l’esprit dans toutes ses fantaisies. Albert voulut tour à tour devenir pâtissier, pour s’engloutir dans la matière ou empoisonner les petits pains de ses proches; toréador pour appliquer sur la plaie de son ennui l’emplâtre d’une présence continuelle de danger; chartreux, pour parer au même mal par la méthode homéopathique, qui guérit le semblable par le semblable; faiseur d’anges, par manière de consolation; homicide, par philanthropie. Rien de tout cela ne lui sourit en définitive, et il allait s’abandonner à la plus complète des désolations, lorsqu’une idée sublime, d’abord obscurément, puis vaguement, puis fantômatiquement, puis aperceptiblement, puis corsément, puis distinctement, puis précisément, puis évidemment, une obsession, tenant à la fois du rêve, du désir et de l’ordre, prit possession de son cerveau, s’y acclimata, s’y parqua.
En d’alliciantes visions, des mots magiques s’imprimèrent.