Vil était, sans doute, le poète tel qu’il le comprenait—un malheureux assez incapable de vivre, pour n’avoir plus de forces que pour pousser des plaintes—tel qu’il se sentait lui-même, tel qu’il aimait à en découvrir quelques-uns dans l’histoire des littératures: mais plus abject, certes, celui qui, l’imagination fleurie imite artificiellement, pour en jouir, s’en faire de l’or ou des grelots, le cri rauque ou geignant qu’au premier a arraché la misère.
XXI
DÉCRÉPITUDES
Et de fréquents pensers l’envahirent.
Oh! comme du sein de sa grandeur intime, le chaos s’engendrait vers des avenirs confus et vastes! Il méditait sur le relatif et l’absolu, trouvant certain ce qui ne l’était pas et incertaines les plus sûres vérités. Où allait-il? Où visait-il? Déjà les étoiles lui avaient appris que l’univers immense se souciait peu de ses désirs et de ses peines: dans les myriades d’entités, que l’une existât ou n’existât pas, qu’est-ce que cela faisait au tout? La société le négligeait, le système solaire le méprisait, le gouffre des cieux l’anéantissait. Et l’infini de l’espace n’était rien: il y avait encore l’infini du temps.
Que serait-il après la mort?
Cette question le tracassait, car quoiqu’il eût feint devant ses amis, et souvent devant lui-même, de l’avoir depuis longtemps élucidée, elle n’en restait pas moins monstrueusement interrogative en son esprit. O dilemme! L’homme entre deux néants l’épouvantait, et l’éternité l’épouvantait. Il resta souvent songeur, à cette période de sa vie, reculant devant le problème, l’envisageant pourtant comme par une attraction malsaine.