Il était onze heures du matin, quand Poppe dit, le bras dans le nord-est:

—Ecoutez!...

De nouvelles crépitations d'artillerie légère se faisaient entendre dans cette direction et plus à l'est encore, entre les déflagrations de l'artillerie lourde. En même temps nous voyions approcher le major von Nippenburg, qui venait inspecter nos travaux.

—C'est un corps allemand qui arrive, fit-il en sautant dans nos retranchements. Il était temps!...

Un soupir de soulagement s'échappa de nos poitrines.

—Nous sommes sauvés! déclara Poppe. Et quel est ce corps d'armée qui vient si juste à point à notre secours?

—Je crois savoir que c'est le IIe, dit le major.

—Hourra!... et vive von Kluck! cria Schimmel, passant subitement de l'abattement le plus profond à la joie la plus vive. Ah! je me disais bien aussi que cet excellent renard de Generaloberst devait leur ménager quelque tour de sa façon!...

Gagnés par son enthousiasme, nous nous mîmes presque à danser dans la terre molle de notre tranchée, lançant en l'air casques et casquettes et poussant de sonores acclamations.

Et voici que, tout à côté de nous, brusquement, partit une détonation qui nous fit tous tressauter, pour nous jeter aussitôt après dans d'inextinguibles éclats de rire. C'était une bouteille de champagne que ce bougre de Biertümpel avait trouvé moyen d'apporter jusqu'ici et dont il tenait de faire jaillir le bouchon. Nous la bûmes triomphalement en l'honneur du général von Kluck, tandis que tout là-bas, dans le nord-est, les batteries du IIe corps débouchaient également la gaie pétarade de leurs canons de campagne.