Une estafette apportait un pli. Kaiserkopf le prit avec nervosité.
—Ordre de ramener en arrière les éléments avancés du bataillon, fit-il sourdement.
Un grand flottement commença alors à régner dans les lignes. Le vague sentiment d'un désastre prochain ruinait les courages et brisait les volontés. Bientôt on apprenait que le IVe corps, du côté de Nanteuil-le-Haudouin, décimé par l'artillerie française qui couchait les nôtres par milliers, ne pouvait plus avancer. Puis, vers quatre heures, une nouvelle terrifiante se propagea: les Anglais avaient passé la Marne et progressaient dans la direction de l'Ourcq. C'était la seconde branche de l'étau qui se refermait sur nous.
Dès lors ce fut épouvantable. Les unes après les autres, les positions étaient abandonnées; d'abord celles de la ligne Etrépilly-Vareddes, puis celles de la Thérouanne, puis les nôtres sur le plateau. L'artillerie lourde de Trocy était partie; celle de Gué-à-Tresmes la suivait; les pièces légères, ou ce qu'il en restait, disparaissaient. Déjà les balles des lignes françaises commençaient à nous arriver par salves hurlantes. Et notre désarroi fut à son comble quand nous vîmes brusquement surgir derrière nous une batterie française qui arrivait au grand galop de ses chevaux occuper l'emplacement d'une de nos batteries détruites et prendre en écharpe nos retranchements.
C'est à ce moment que fut tué Schimmel. Il était debout, cherchant à réunir ses hommes. Je le vis porter la main à son front, comme l'officier français de Villeroy. Il eut le temps de crier:
—Je suis touché... Adieu, amis!
Puis il s'effondra de son haut dans la poussière sanglante.
Adieu, Schimmel!... Il avait sa dureté, il avait ses vices; mais il était brave, énergique, précis, savant, esclave du devoir: c'était un officier prussien, et, maintenant encore, je ne sais pas de plus bel éloge.
Tous les gradés étaient morts, la compagnie me revenait. Je désignai Max Helmuth aux fonctions de feldwebel et je me mis à la recherche de Kaiserkopf. Je le trouvai qui organisait le départ du train de combat du bataillon, s'emportant contre les caissons inutilisables et les voitures disloquées.
—Eh bien, fit-il en m'apercevant, on s'en va, on f... le camp!... Ah! fatalité!...