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APPENDICES

A la suite de la publication de Nach Paris! dans le Mercure de France, l'auteur a adressé au directeur de cette revue, M. Alfred Vallette, la lettre suivante:

Paris, le 2 septembre 1919.

MON CHER AMI,

Je ne crois pas servir une simple et banale formule de politesse en remerciant le Mercure de France d'avoir publié Nach Paris! La publication de ce récit vous a valu, en effet, un certain nombre de protestations que vous m'ayez communiquées. A part une ou deux lettres, négligeables, de lecteurs mécontents que l'on ose rappeler les crimes allemands, ces protestations ont toutes trait à la scène du viol d'une jeune fille par une bande de soudards germaniques. Cette scène a stupéfait et indigné vos correspondants. Il en est ainsi chaque fois que, dans ce pays, dont la littérature va de Rabelais à Mirabeau et au grand Zola, on touche à la question sexuelle, autrement que pour en faire un objet de gaudriole et de basse grivoiserie. On vous traite aussitôt de pornographe. C'est ce qui n'a pas manqué. «Ecœurant! scandaleux! lecture pour maison Tellier!» s'écrie un de vos correspondants dégoûté, qui se demande comment le Mercure de France peut publier une littérature aussi «inouïe», et auquel il y aurait seulement à répondre que le Mercure de France, s'il avait existé à l'époque, eût sans doute été très honoré de pouvoir publier la Maison Tellier, de Guy de Maupassant. Une jeune fille de 21 ans, qui n'ose pas signer, «ne voulant pas qu'on sache qu'elle a lu cette horreur» vous exprime sa «répulsion», sa «stupeur» devant «cette chose révoltante de grossièreté» et se déclara «honteuse», «salie moralement» d'avoir jeté les yeux sur ce «tissu d'obscénité et d'exagération».

C'est bien sur quoi les Allemands avaient compté. «Allons-y! ont-ils dit. Livrons-nous à tous les excès! terrorisons jusqu'à l'épouvantable! Plus ce sera odieux, plus ce sera effroyable moins on pourra le raconter.» Ils ont spécule sur la pudeur, et ils ont réussi. «Les victimes elles-mêmes n'oseront pas se plaindre

Et c'est exact. J'ai vu moi-même en Suisse, au passage des réfugiés de malheureuses femmes violentées par les Allemands, ayant assisté à des spectacles horribles, qui ne voulaient rien dire, par pudeur, et auxquelles il était impossible d'arracher une parole. Ce n'est que plusieurs semaines après, une fois reposées, calmées, que certaines victimes de viols consentaient, quelquefois, à donner des précisions.

MM. L. Mirman, préfet de Meurthe-et-Moselle (aujourd'hui commissaire de la République à Metz), G. Simon, maire de Nancy, G. Keller, maire de Lunéville, dans leur brochure Leurs Crimes (Berger-Levrault, 1916), publiée sous le patronage des maires de Belfort, Epinal, Châlons-sur-Marne, Bar-le-Duc, Château Thierry (pour Laon), Beauvais, Amiens, Arras, Dunkerque (pour Lille), Saint-Dié, Baccarat, Pont-à-Mousson, Lunéville, Gerbéviller, Nomény, Reims, Verdun, Sermaize, Senlis, Albert, Clermont-en-Argonne, commencent ainsi leur chapitre sur les viols de femmes et d'enfants:

«Nous pourrions écrire, sur ce sujet douloureux un long et poignant chapitre. Nous l'avions écrit, mais, au dernier moment, un scrupule nous l'a fait supprimer: nous voulons en effet que cette brochure puisse être et soit mise sous les yeux de tous et de toutes, notamment sous ceux de nos enfants des écoles. Qu'il nous suffise donc de dire ceci: Les attentats contre les femmes et les jeunes filles ont été d'une fréquence inouïe.