«Sans doute, la plupart de ces crimes resteront toujours inconnus; il faut un concours de circonstances spéciales pour que l'acte ait été public, mais trop souvent, hélas! ces circonstances mêmes se sont présentées.»
Parmi les quelques faits que croient cependant devoir signaler succinctement les auteurs figure celui ci: «A Mélen-la-Bouxhe, Marguerite W... est martyrisée par 20 soldats allemands avant d'être fusillée aux côtés de son père et de sa mère.»
Si les viols individuels ou par 2 ou 3 ont été extrêmement nombreux, les viols collectifs par 10, 15, 20, accompagnés ou suivis de meurtre, compliqués parfois de tortures invraisemblables, n'ont pas été rares. C'est une des caractéristiques de l'invasion allemande, et je me suis bien vu obligé, pour être exact, d'en tenir compte. Je n'en ai pas abusé. J'ai consacré à ce sujet une seule scène, mais il fallait qu'elle y fût. Ma conscience m'eût reproché de la sacrifier aux nerfs de mes lecteurs. J'y ai apporté la modération compatible avec le souci de la vérité; j'ai atténué, estompé, dans la mesure où la vraisemblance n'en souffrait pas. Mais non, cela encore, paraît-il, était de trop. Il fallait faire le silence!
Pauvres victimes de la lubricité et de la sauvagerie germaniques, pouviez-vous penser, pendant que vous agonisiez sous les tortures de vos bourreaux, et que tout votre sang, toute votre âme expirante criait vengeance, pouviez-vous penser qu'un jour viendrait, jour prochain, où vous ne seriez plus qu'un objet de scandale, une chose honteuse dont on détourne les yeux? La «pudeur» de vos sœurs qui ont eu la chance de ne pas se trouver sur le passage des brutes déchaînées, ne veut pas que l'on parle de vous. Vous n'existez plus, vous n'avez jamais existé. Votre martyre aura été vain. Au nom le la morale, au nom de la bienséance, au nom de la vertueuse hypocrisie sociale, il faut jeter sur vos douloureux corps suppliciés la décence d'un voile discret!
MM. L. Mirman, G. Simon et G. Keller terminent ainsi leur brochure:
«Envers tous nos martyrs nous avons un devoir sacré: nous souvenir! Sans doute, là où ils sont tombés, nous graverons leurs noms dans la pierre ou le bronze. Mais plus loin? Quand, après les longues souffrances de cette guerre, humanité libérée reprendra son pacifique labeur, on verra les Germains réapparaître en toutes les régions, à tous les carrefours—commerciaux ou industriels, financiers ou scientifiques, prolétariens ou mondains,—partout où les hommes de tous les pays, de toutes les races, de toutes les couleurs se rencontrent et se coudoient: que ferons-nous devant eux? Nous répondons ceci: Aussi longtemps que la nation au nom de laquelle et par laquelle ces atrocités ont été commises n'aura pas, de façon solennelle, repoussé elle-même de son sein les misérables qui l'ont entraînée à une telle déchéance, nous considérons que ce serait trahir nos saintes victimes que de frayer avec leurs bourreaux et que jusqu'à ce jour—s'il doit venir—d'une éclatante réparation morale, l'oubli serait une complicité.»
Aucun des innombrables bandits et criminels de droit commun que l'Allemagne a lâchés sur le monde n'a encore été arrêté, ni poursuivi. Libres et insolents ils continuent à déverser sur ceux qu'ils ont assaillis, à défaut de leurs bombes et de leurs gaz empoisonnés, le venin de leur haine et de leurs calomnies. Et c'est à cette heure que de malheureux inconscients et de délicates effarouchées parlant déjà d'oublier?...
Je n'en suis pas.
Recevez, mon cher ami, l'assurance de mes sentiments dévoués.
Louis Dumur.