Si je n'ai pas cru devoir faire plus particulièrement état des mains coupées, c'est que ce genre de mutilations ne m'a pas paru présenter de signification spéciale. Au reste, le bilan des atrocités allemandes est si formidable, il est d'une diversité si prodigieuse, que je ne saurais avoir la prétention d'avoir épuisé mon horrible sujet. Je pourrais écrire trois autres Nach Paris! sans me répéter.

Quelques personnes ont trouvé par contre fort mauvais que j'aie osé mettre en scène le viol d'une jeune fille. Votre correspondant n'est pas du nombre et ne doute pas que cet épisode «ne soit la relation d'un fait rigoureusement exact». Peu importe que l'exactitude en soit ou non «rigoureuse». Il y a eu des centaines, des milliers de faits analogues et de plus effroyables encore. Dans les 20 pages ci-dessus signalées, et que je ne choisis pas pour la circonstance, je relève:

A Melen, près de Herve, 8 août, une jeune fille de 22 ans est forcée et meurt des suites du viol; à Soumagne, deux femmes sont violées par un grand nombre d'Allemands et leurs maris fusillés; à Flémalle-Grande, 16 août, une jeune femme, grosse de huit mois et demi, est violée par deux Allemands, elle accouche le lendemain; même jour, même endroit, une jeune fille de 16 ans est violée par deux Allemands; à Ans, le 16 août, une femme de 28 à 30 ans est trouvée complètement nue, attachée à un arbre, morte et la poitrine couverte de sang; à Liége, place de l'Université, le 10 août, une vingtaine de femmes et de jeunes filles sont extraites des maisons et couchées sur des tables qu'on a apportées sur la place: «Une quinzaine d'entre elles furent alors violées. Chacune d'elles fut violée par environ 12 soldats. Pendant que cela se passait, 70 Allemands à peu près se tenaient groupés autour des femmes, y compris 5 officiers. Ce furent les officiers qui commencèrent. Cette scène dura une heure et demie. Beaucoup de ces femmes s'évanouirent et ne donnèrent plus signe de vie. La Croix-Rouge les emporta à l'hôpital.» A Hermalle, septembre, viol de deux jeunes filles, l'une de 18 ans, l'autre de 12 ans, par un officier; à Pépinster, viol d'une femme par un officier et deux soldats (il s'agit de la mère du bébé décapité signalé plus haut): «Après le meurtre du bébé, l'officier et les deux soldats saisirent la femme, lui arrachèrent tous ses vêtements jusqu'à ce qu'elle fût complètement nue. L'officier alors la viola pendant qu'un soldat la tenait aux épaules et l'autre par les bras. Après l'officier, chaque soldat la viola à son tour, tandis que l'officier et l'autre soldat tenaient la femme. Après que la femme eut été violée par les trois hommes l'officier coupa les seins de la femme.»

Et ce n'est là qu'un tout petit coin, un coin minuscule de l'immense bacchanale.

Cordialement à vous.

Louis Dumur.

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NOTES:

[!--Note--] 1 ([return]) Si seulement les boucles d'oreilles m'appartenaient!

[!--Note--] 2 ([return]) On a tiré.