—Cela manque de coffre. Vous ne buvez pas assez de bière, monsieur Hering.
Je songeai à tout ce que j'avais absorbé peu d'heures auparavant, mais je n'en répondis pas moins avec subordination:
—J'en boirai davantage, monsieur le capitaine.
Le lieutenant Kœnig crut bon à ce moment d'intervenir de nouveau:
—Je vous demande la permission d'ajouter, monsieur le capitaine, que l'aspirant Hering est le fils du conseiller de commerce Karl Hering, de la province de Saxe, possesseur de nombreuses fabriques, membre des conseils d'administration de sociétés importantes, grand propriétaire foncier, décoré de l'ordre de l'Aigle Rouge et admis à la fréquentation de la plupart des familles nobles du pays. Le conseiller de commerce Karl Hering est plusieurs fois millionnaire.
Ce petit discours parut faire une certaine impression sur le capitaine Kaiserkopf. Son visage renfrogné se détendit visiblement et il proféra aussi aimablement qu'il lui était possible:
—Je vous félicite, monsieur Hering, d'appartenir à une bonne famille. Les bonnes familles sont les bonnes familles, chacun sait ça, Sacrament! et l'Allemagne peut compter sur leur dévouement.
Et se levant solennellement de derrière son bureau,—sa stature me parut énorme,—il prononça en faisant le salut militaire:
—Aspirant Hering, êtes-vous prêt à verser votre sang pour Sa Majesté l'Empereur?
Je répondis d'un ton pénétré: