C'était la guerre.

Nous vîmes passer, très excité, le capitaine Kaiserkopf qui se dirigeait en hâte, la tunique déboutonnée, une canette dans une main, un saucisson dans l'autre, du côté de l'état-major du régiment. Il nous cria sans s'arrêter:

—Bon appétit, messieurs!... Donnerwetter! ça chauffe par là-bas!... C'est la guerre!... Krieg!... Krieg!...

Nous lui répondîmes par un triple hoch! qui accompagna d'un chorus d'ovation ses fortes enjambées.

Seul Kœnig ne se joignait pas à notre exubérance. Il paraissait tout déprimé, moins, je crois, à cause de la guerre maintenant certaine, que parce que l'armée allemande entrait en Belgique. Un léger tremblement agitait ses lèvres, tandis qu'il considérait la carte, suivait le train en marche vers l'ouest, écoutait le canon.

—Qu'avez-vous, lieutenant Kœnig? fit Poppe qui l'observait curieusement.

Kœnig n'entendit pas. En tout cas, il ne répondit rien.

Un «khrr, khrr...» reconnaissable de loin et qui ne pouvait provenir que du sympathique gosier du baron Hildebrand von Waldkatzenbach vint le tirer de sa méditation. Le calot de drap posté sur l'oreille, ses quatre poils de moustache pompeusement dressés, chaussé contre toute ordonnance de superbes bottes molles d'officier, le noble baron, un sourire fat découvrant ses dents trop blanches, s'approchait de notre groupe.

—Eh bien, Herr Kœnig, n'avais-je pas raison... khrr, khrr... l'autre jour? Vous le voyez, nous envahissons ce que vous appelez... khrr, khrr... un pays neutre!

—La Belgique n'est pas la Suisse, répliqua Kœnig agacé.