—La Belgique, la Suisse, c'est tout un... khrr, khrr... Au lieu de tourner par le sud, nous tournons par le nord... khrr, khrr... Mais la manœuvre est la même... khrr... Je vous annonce, meine Herren, que dans cinq jours nous serons à La Haye.

Herrlich! applaudit Helmuth... Seulement, permettez-moi, monsieur le baron, vous voulez peut-être dire Bruxelles.

—Bruxelles, si vous voulez... khrr, khrr... La Haye, Bruxelles, c'est tout un.

—Taisez-vous, fit Kœnig avec irritation, vous ne dites que des sottises!

—En attendant, Herr Kœnig, faites-moi le plaisir de reconnaître... khrr, khrr...

—En attendant, faites-moi le plaisir de vous taire! hurla Kœnig hors de lui.

—Qu'avez-vous donc, lieutenant Kœnig? répéta Poppe.

Cette fois Kœnig entendit. Il tressaillit, regarda le premier-lieutenant, puis répondit aussi calmement qu'il put:

—Rien. Je me demande seulement pourquoi nos troupes entrent en Belgique.

—Comment, pourquoi?... Mais, mon cher, pour des raisons stratégiques. N'avez-vous jamais lu von der Goltz, von Schlieffen, von Bernhardi? Toutes nos autorités militaires préconisent l'offensive par la Belgique... Vous demandez pourquoi? Monsieur l'aspirant von Waldkatzenbach vient de vous le dire: pour opérer un vaste mouvement tournant et, selon la pure doctrine de Moltke, déborder l'aile gauche de l'adversaire.