Sammlung!... An die Gewehre...!

A midi, le capitaine Kaiserkopf faisait sonner le rassemblement, et, sur toute l'étendue couverte par la division, d'analogues sonneries retentirent. La fourmilière se réveillait. Les lieutenants donnèrent lecture de l'ordre du jour, chacun devant sa section, après une grosse tambourinade. Puis les musiques régimentaires soufflèrent l'hymne national, on fit hurler hourrah aux troupes et il y eut un salut au drapeau sur le front de chaque bataillon. Telle fut la façon émouvante et sobre dont la 7e division de réserve apprit la déclaration de guerre et s'apprêta à vaincre ou mourir pour la plus grande Allemagne.

Mais nous ne partîmes pas encore. On fit la cuisine en provisions fraîches et l'après-midi s'écoula sur notre position. Nous assistions de là à un gigantesque passage de troupes. La ligne ferrée projetait un train toutes les dix minutes et la route dont nous voyions se profiler un segment au débouché d'un pli de terrain semblait un interminable ver gris aux mouvements contractiles, se traînant sans fin à travers le paysage doré. Ce n'était plus une entrée en campagne, c'était une invasion.

Vers trois heures commencèrent à passer des trains chargés d'artillerie lourde. On y découvrait des pièces formidables, comme je n'en avais jamais vu, et dont le transport nécessitait plusieurs trucks pour chacune. Un vaste dirigeable apparut à son tour à l'orient, indistinct d'abord comme un léger flocon de nue, puis se fuselant, se précisant, à mesure qu'il avançait, prenant sa forme de poisson, d'énorme cétacé, avec son mufle en pointe, ses rainures longitudinales, son appareil caudal et ses deux nacelles ventrales. Nos acclamations suivirent longtemps sa nage dans l'azur et le sillage de son oriflamme noire, blanche et rouge. Une escadrille d'avions, semblable à un vol de rapaces, parut un peu plus tard. Leur bec rond en avant, les petites pattes à roue crispées sous le thorax, les rémiges étendues et puissantes, ils filaient à toute allure, la croix noire sous l'aile et des flammes rouges aux ailerons. Nous en comptâmes dix-sept. Ils traversèrent obliquement le ciel, faisant entendre en longs croassements la palpitation rauque de leurs moteurs. Puis ils se perdirent dans le firmament occidental.

Ce spectacle de joie et de gloire allemande, auquel nous nous attachions de tous nos yeux, fut malheureusement coupé par un épouvantable épisode qui, sous le grondement du canon de Liége, vint nous donner un premier aperçu de la guerre.

Le soleil déclinait depuis longtemps sur la Belgique, quand aux interminables trains de matériel vide qui par la voie montante refluaient sur l'Allemagne succéda un convoi à peine moins long, que remorquaient deux locomotives et qui paraissait garni de soldats bizarrement accoutrés.

—Qu'est-ce que cela? fit Schimmel en braquant sa lorgnette sur l'étrange apparition, devenue bientôt le point de mire de nombreuses jumelles.

Par les fenêtres on découvrait, assis, debout, prostrés sur les banquettes ou suspendus dans des hamacs, des sortes de fantômes humains, qui n'avaient plus rien de militaire que la défroque grise dont les lambeaux fripés, souillés, déchiquetés battaient leurs membres. Les uns étaient en manches de chemise et la toile lacérée laissait apercevoir leur torse calfeutré de pansements; d'autres soutenaient leurs bras dans des bandages; d'autres avaient la tête enturbannée de linges.

—Nom de Dieu, des blessés!...