—Mais pourquoi diable aussi, objectai-je, pourquoi diable les Belges résistent-ils? C'est bien leur faute.

—Et pourquoi diable ne se défendraient-ils pas? D'ailleurs c'est faux, ce que vous avancez là. Je me suis informé. On s'est battu ici le 4 et le 5 août, pas davantage. Les troupes qui ont eu affaire aux Belges étaient deux divisions de cavalerie et le 25e de ligne: or, depuis longtemps ces troupes sont loin, bien loin en avant; depuis longtemps il n'y a plus un seul Belge de l'autre côté de l'eau et nous ne recevons plus un coup de fusil. Eh bien, pendant le combat on a, en tout et pour tout, brûlé trois maisons et tué huit civils. Tout le reste a été fait postérieurement. C'est le 12 qu'on a mis le feu à l'église. C'est hier, c'est cette nuit et ce matin qu'on a surtout détruit, incendié, pillé. Les troupes qui ont fait cela ne se sont pas battues. C'est sans raison, sans même l'excuse de la bataille qu'elles ont anéanti cette ville, massacré ou déporté ce qui demeurait de population.

—Bah! dis-je, nous n'avons pas à nous apitoyer sur le sort des vaincus.

Et me rappelant un mot de Schimmel:

Krieg ist Krieg, formulai-je. C'est la guerre!

—Non, ce n'est pas la guerre, cela! articula douloureusement Kœnig. Il y a des règles pour la guerre, et que nous avons signées. Nous ne devons pas attenter à la vie des non-combattants et à la propriété privée. Nous devons respecter les territoires envahis et les administrer durant leur occupation dans l'intérêt de leurs habitants. Nous n'avons pas à faire la guerre aux peuples, mais aux armées seulement. Voyez les conventions de La Haye, conclues par nous, parafées par nous, et cela, encore une fois, non pour le temps de paix, pour lequel elles n'ont pas été faites, mais pour le temps de guerre.

—Eh bien, dis-je, on s'est trompé. On a cru qu'on pouvait édicter des règles de guerre, et l'on voit maintenant qu'il n'y a d'autre règle à la guerre que la loi du plus fort et le bon plaisir du vainqueur.

C'était toujours du Schimmel que je récitais.

—Non, protesta Kœnig, on ne s'est pas trompé à La Haye. C'est nous qui aurons l'air de nous être servis de ces conventions et de la confiance inspirée par notre signature pour tromper l'Europe. Malheureuse Allemagne! Mais je veux croire encore que cela ne va pas continuer de cette manière et que ce que nous voyons là n'est qu'un accident, un déplorable accident.

—Je le veux bien, fis-je pour le calmer, et je le souhaite avec vous.