Ils me suivirent, tandis que d'autres continuaient leur œuvre.

Sur la place de rassemblement, ornée d'une statue d'Ambiorix, je trouvai mes hommes au complet, sous la vigilance de mon exempt Kasper. Le capitaine Kaiserkopf, frais, dispos et plus flambant que jamais, caracolait déjà sur son gros cheval.

J'arrêtai un moment Kœnig, qui allait prendre la tête de sa section. Il était pâle, nerveux et semblait avoir mal dormi. Mais c'était pour un tout autre motif que Kaiserkopf ou que moi-même. Lui aussi avait vu les journaux, et, dans ces journaux, il avait lu le discours du chancelier von Bethmann-Hollweg à la séance du Reichstag. Il avait lu cette phrase: Not kennt kein Gebot, et celle-ci: «Nos troupes ont occupé le Luxembourg et ont peut être déjà foulé le territoire belge. C'est contraire au droit des gens.» Il en était bouleversé.

—C'est nous qui avons attaqué les premiers la Belgique, me dit il. Quelle révélation!... Qu'avons-nous commis là?

J'essayai de le remonter:

—Et les avions de Nuremberg? Et les officiers français en automobile?

—Fables que tout cela! fit-il. Pur mensonge! Il n'en est pas question dans le discours du chancelier. Bethmann-Hollweg a dit: «La France pouvait attendre; nous, pas. Nous avons été forcés de passer outre aux protestations justifiées du Luxembourg et du gouvernement belge.» On nous avait menti, on nous a trompés. C'est l'aveu. Et il ne s'est trouvé personne pour protester; pas un député n'a élevé la voix; tous ont applaudi.

—Cependant...

—C'est une infamie!... Mon ami, ajouta-t-il sourdement, nous sommes en train d'accomplir l'acte le plus vil de l'histoire.

Il me serra la main avec angoisse et je vis des larmes dans ses yeux.