—Baïonnette au canon!... A l'assaut!...
Les rangs se bousculèrent au pas gymnastique, dégorgeant des hourras forcenés. La courte distance qui nous séparait des lisières fut franchie en quelques minutes. Quand nous pénétrâmes sous bois, l'ombre et la fraîcheur nous surprirent. Des émanations et des floches de vapeur rôdaient sous les branches. Aucune fusillade, pas un miroitement d'acier ne nous reçut. La position était vide. Il n'y restait que des morts et des blessés.
Alors d'effroyables scènes se produisirent. Ivres de carnage, les nôtres se ruèrent sur les corps qui gisaient ou râlaient au pourtour brûlé des clairières ou au pied des arbres foudroyés. Tailladant et perforant, assommant ou fusillant, sans s'occuper de savoir ce qui était déjà tué ou ce qui vivait encore, nos soldats se livraient avec rage à la folie aveugle de détruire, d'anéantir, de réduire en bouillie tout ce qui se rencontrait sur leur chemin. Des débris déjà déchiquetés par les obus volaient de tous les côtés. Des lames plongeaient dans les chairs, crissaient sur les os, les crosses s'abattaient sauvagement au milieu de tas sanguinolents et remuants. On vit jaillir des foies et couler des entrailles. Des orbites crevèrent et des crânes s'ouvrirent. Une tête fut brandie à la pointe d'une baïonnette. C'était une débauche de massacre, une orgie de sang, d'horreur et de cruauté.
De terribles hurlements, des imprécations, d'ignobles insultes se vomissaient de toutes parts:
—Salauds!... cochons!... verfluchtes Gesindel!... Hurenkinder!... vociféraient les nôtres en fracassant à tour de bras.
A quoi des voix flamandes ou wallonnes répondaient, avant d'expirer sous les transpercements:
—Bandits!... Vous achevez les blessés!...
On en vit survenir un groupe de cinq ou six, défigurés, à moitié démembrés, conduits par une patrouille. Furieux et l'écume à la bouche, Kaiserkopf se mit à tempêter:
—Nom de Dieu!... Le colonel a dit: Pas de prisonniers!... Eventrez-moi tous ces gaillards!
Vingt hommes leur brûlèrent leurs cartouches dans les yeux ou les clouèrent contre les troncs.