Il avait trouvé dans Pauline l'âme ardente et lyrique qui convenait à la sienne.

Aussi se remettait-il plus que jamais à espérer et à croire. Les quelques hésitations qui l'avaient un instant troublé au seuil de cet amour avaient vite fait place à une confiance illimitée et à une exquise sensation de s'être jeté à corps perdu dans le ciel. L'abondance de son bonheur confirmait magnifiquement sa foi.

Depuis cinq mois que durait sa liaison avec Pauline, il avait vécu assez retiré. Chez sa sœur, la vicomtesse de Béhutin, où il était obligé de se montrer de temps en temps, on disait:

—Qu'a donc M. de Rocrange? Ce n'est plus le mondain de jadis.

Et on se donnait cette raison:

—Ses voyages l'ont rendu philosophe.

Ailleurs, où il ne se montrait pas, on disait:

—C'est le diable qui s'est fait ermite.

Réderic, qu'Odon voyait encore, et avec lequel il lui arrivait parfois de faire, le matin, une promenade à cheval, était seul à connaître la vérité. Mais il ne reçut, ni ne provoqua de confidence. Du jour où Pauline eut été sa maîtresse, Odon n'entretint plus d'elle son ami. Celui-ci se borna à comprendre. Une fois cependant, se trouvant chez Odon, il surprit sur un meuble un mouchoir oublié. Odon saisit son regard et pâlit légèrement.

—De la discrétion, n'est-ce pas?